Histoire de la bande dessinée au Québec

Enfin !

Survol historique de la bande dessinée produite au Québec depuis ses origines dans les quotidiens au tournant du 20e siècle jusqu’à tout récemment.

Mira Falardeau vient de faire paraître aux éditions VLB : Histoire de la bande dessinée québécoise. L’essai de cette docteure en science de l’art de la Sorbonne propose un survol historique de la bande dessinée produite au Québec depuis ses origines dans les quotidiens au tournant du 20e siècle jusqu’à tout récemment (des albums parus en 2007 sont mentionnés !), en subdivisant son ouvrage par période historique et par formats.

La première partie, sur les origines de la BDQ, font en quelque sorte écho à l’article de Michel Viau paru dans le premier numéro de Formule. Ce chapitre fort instructif apprend au lecteur comment les ancêtres du 9e art au Québec ont joué un rôle important dans le développement de l’identité culturelle du peuple de la province. L’humour cinglant et populiste des premiers bédéistes québécois reflétait la pensée populaire avec une efficacité et un engagement politique irréprochables.

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Histoire de la bande dessinée au Québec
kapitaine Kébec orne la couverture de Histoire de la bande dessinée au Québec de Mira Falardeau

Il est cependant regrettable que les autres chapitres, portant sur des périodes marquantes et fertiles de la bande dessinée, ne soient pas plus approfondis. En effet, l’ouvrage prend peu à peu l’allure d’un recensement et de courtes descriptions d’auteurs et d’œuvres. Il est fort probable que le reproche doit être adressé aux institutions, qui n’ont pas su indexer cette importante production culturelle, qu’à l’auteure qui traite néanmoins de nombreux ouvrages maintenant très difficiles à consulter. La présence assez abondante d’extraits et la magnifique section centrale en couleurs ne parviennent pas à pallier à ce manque mais les illustrations donnent tout de même envie de fouiller les libraires de seconde main et les bibliothèques à la recherche de certains chef-d’oeuvres oubliés.

Ce qui devient frappant à la lecture de l’essai de Falardeau est son mécontentement envers l’État et certains libraires, qui selon elle (et je partage entièrement cet avis), n’aident pas suffisamment la cause de la BDQ. En effet, la diffusion et l’exposition dans les points de vente de la production locale de BD est nettement inférieure à la quantité d’œuvres produite par année au Québec. Elle réclame des fonds spéciaux pour appuyer le travail des éditeurs québécois de bande dessinée et dénonce le fait que les rayons de vente de BD dans les chaînes de librairie commerciale fassent la part belle aux éditeurs européens et américains, dont la qualité est inégale et qui enterre malheureusement certaines œuvres d’artistes locaux innovateurs et talentueux.

En somme, même si Histoire de la bande dessinée québécoise n’est pas « l’ultime ouvrage » sur le sujet (et qui sait si un tel volume verra le jour...) et qu’il s’y trouve des maladresses curieuses (notamment désigner la majorité de la production de Drawn and Quarterly comme des fanzines alors que l’éditeur montréalais fait plutôt dans l’album), l’essai possède des qualités indéniables, à commencer par sa conclusion qui tient davantage de la prise de conscience que d’un appel à l’aide frustré et désespéré comme celui lancé par Thierry Groensteen dans « Un objet culturel non identifié » de l’essai pamphlétaire L’an 2.

Espérons que le message de Falardeau sera entendu.

Histoire de la bande dessinée québécoise
de Mira Falardeau
Éditions VLB éditeurs, 187 pages
Avec en prime une belle couverture couleur de Kapitaine Kébec !

jeudi 28 février 2008, par Gabriel Tremblay Gaudette

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