Halloween

L’Halloween des campeurs

Rob Zombie réimagine le classique d’horreur absolu avec des résultats aussi intéressants que le serait un remake de Citizen Kane par Chris Columbus (et ce n’est pas pensé comme un compliment).

Un film de Rob Zombie, avec Malcolm McDowell, Scout Taylor-Compton, Daeg Faerch, Tyler Mane, Sheri Moon Zombie, Clint Howard et Brad Dourif. États-Unis, 2007, 97 min.

Rob Zombie réimagine le classique d’horreur absolu avec des résultats aussi intéressants que le serait un remake de Citizen Kane par Chris Columbus (et ce n’est pas pensé comme un compliment).

L’idée de base n’était déjà pas super, mais l’exécution confirme la futilité complète de l’entreprise. Repenser, réimaginer, revisiter ou refaire, peu importe le verbe pompeux qu’on utilise, ça ne reste que copier le travail d’un autre pour faire un peu d’argent. Le Halloween de Zombie, nous présente Michael Myers, avant qu’il ne devienne le tueur nonchalant au masque de William Shatner blanchi si familier, comme un garçon troublé, issu d’une famille parfaitement dysfonctionnelle ; une mère danseuse nue, un beau-père ringard et violent et une sœur qui se fout de tout sauf de se faire baiser paresseusement par un hippie précoce. Quand il se fait tabasser par des camarades de classe qui manquent du même coup de respect pour la profession de sa maman, c’en est trop pour Michael qui éclate un soir d’Halloween, et massacre sa famille élargie. Il n’épargne que sa petite sœur Laurie et la berce tranquillement en attendant le retour de sa mère et son internement bien mérité.

Quand l’intertitre apparaît, on espère bien que Zombie nous propulsera dans le temps et que le slasher débutera pour de bon, mais non, pas vraiment. On retrouve Michael onze mois plus tard en pleine session de thérapie avec le Dr. Loomis (Malcolm McDowell), qui essaie de percer l’âme de ce jeune psychopathe. La mère du meurtrier le visite et lui fait manger sa soupe, mais Michael reste impénétrable, ne semblant pas se souvenir des actes atroces qu’il a commis. Mais lentement, il plonge dans un mutisme semi-comateux et finit par assassiner une infirmière à coups de fourchette dans la jugulaire, ce qui confirme bien qu’il a tout à fait pété les plombs. C’en est assez pour sa maman et elle s’explose la tête en pleurant devant des vidéos de famille. Zombie décide enfin de commencer son film et on retrouve Michael plusieurs années après, une bête d’homme (Tyler Mane), qui s’échappe de façon complètement absurde et retourne chez lui chercher sa petite sœur Laurie. Les adolescents libidineux qui se trouvent sur son passage, et à qui vient la bonne idée de s’envoyer en l’air dans la maison en ruines des Myers, n’ont qu’à bien se tenir les tripes, parce qu’elles vont gicler.

JPEG - 114.8 ko
Michael Myers (Tyler Mane) et sa victime (Kristina Klebe).

L’inutilité de cette nouvelle version de Halloween est difficilement mesurable. Ce qui fonctionnait si admirablement bien dans celle de 1978 c’était justement le mystère complet entourant le meurtrier et ses motivations. Tout au long du film, il ne prononçait pas un mot, même enfant, alors qu’ici, il est presque aussi bavard que Chris Tucker, du moins dans la première moitié. Après il se tait, et c’est tant mieux d’ailleurs, comme ça on s’évite un étalement gênant des talents d’acteur assez moyens de Tyler Mane (Sabertooth dans X-Men).

Zombie, de son propre aveu, voulait nous plonger dans la psychologie du personnage, aller derrière le masque de Michael Myers. Riche idée, mais c’est complètement raté. On se croirait dans un roman de Virginia C. Andrews, tellement le développement sonne faux et pige dans une fosse septique de concepts stéréotypés. À trop analyser le monstre, on tue le monstre. Michael, issu d’une famille aussi stable que les Lavigueur entre deux déménagements, torture des petits animaux pour assouvir son besoin de contrôle, signe indéniable qu’il est voué à une carrière de tueur en série. Il est humilié par la sexualité de sa mère et de sa sœur, ce qui le pousse à punir les adolescents trop charnels. Et le tout nous est expliqué bien en détail avec un sérieux risible par Malcolm McDowell (Tank Girl), alors que tout le monde s’en fout, Zombie le premier. Ou sinon, pourquoi utiliserait-il des procédés aussi usés pour sa « réinvention » (notez les guillemets) de Halloween ? Il ne veut que nous servir du sang dans une mise en scène des plus graphique, ce qu’il fait bien d’ailleurs, mais c’est tout. Sa psychologie de fond de tiroir ne sert à rien, si ce n’est qu’ennuyer mortellement l’adolescent en nous qui ne souhaite que voir des seins nus et du sang, ou assommer l’adulte en nous qui ne trouve absolument pas son compte devant cette version appauvrie du chef d’œuvre de John Carpenter.

JPEG - 56.8 ko
Laurie Strode (Scout Taylor-Compton) et le Dr. Loomis (Malcolm McDowell).

Alors que l’original jonglait avec les codes du thriller pour nous servir un film véritablement angoissant, la version 2007 n’utilise qu’une série de moyens spectaculaires faciles pour créer un film totalement épouvantable. Il y a une différence entre la peur et le dégoût. Pour dégoûter son spectateur, il ne suffit que de quelques artifices visuels et d’un baril de faux sang ; c’est à la portée du premier venu, même d’Eli Roth (Hostel). Pour apeurer son spectateur, il faut du talent, de la précision et un travail acharné de mise en scène. Trois qualités qui manquent dangereusement à Rob Zombie.

Halloween n’est donc qu’une copie-carbone un peu fade du film d’origine, avec un arrière-goût de gore à la mode. Les adolescents élevés à grands coups de vidéo-clips débiles trouveront peut-être à se réjouir dans cette orgie d’insipidités, mais ce serait faire affront au concept même de cinéma que de laisser croire qu’une « réinvention » de la sorte était nécessaire, ou même utile.

vendredi 7 septembre 2007, par Charles-Louis Thibault

3 Messages de forum


Créé, géré, édité et bidouillé par David Lamarre. Tous droits réservés (2008)