Guide d’achat

Petit guide sans prétention destiné à tous les acheteurs de bande dessinée

Conseils utiles d’un névrosé de la bédé pour quiconque veut incorporer des bandes dessinée à sa bibliothèque personnelle ! Asseyez-vous confortablement et appréciez !

Devenir acquéreur d’une bande dessinée peut se faire facilement. On entre dans une librairie, se dirige dans la section BD et passe à la caisse. Pas mal moins compliqué que de démarrer une compagnie ou mener une vie sociale active et saine ! Par contre, l’achat d’une bande dessinée devrait reposer sur un choix plus subtil et réfléchi qu’on le pense.


Comme je dédie une partie importante de mon budget pour remplir ma bibliothèque avec des albums cartonnés (pas de quoi laisser mon frigidaire vide, mais quand même…), il se peut que je puisse vous donner des conseils profitables, parce que même si vous vous achetez une BD aussi souvent que Rod Stewart sort un album, soit trois fois par année, faut pas le faire n’importe comment et ça notre ami Rod l’a oublié en changeant de perruque.

Je vais y aller point par point.

1 – Pensez à ce que vous faites

Je vais y aller d’une analogie qui ne s’applique pas complètement, mais dont l’image fonctionne quand même. Vous avez entendu une bonne chanson à la radio. Comme elle vous entrait dans la tête, vous êtes allés vous acheter le disque. Après une écoute, vous constatez qu’il n’y a que la chanson que vous connaissiez qui en vaut la peine. Résultat : le disque prend la poussière dans un coin et vous avez 20 dollars de moins dans les poches.

La leçon à en tirer est simple : faut pas s’emballer pour un extrait. Si vous vous achetez une bande dessinée, c’est parce que vous compter la lire, la relire, la relire encore et la prêter à des amis. Une BD européenne de 48 pages peut se lire en 30 minutes ou moins, mais bien lire une BD nécessite une lecture attentive et il n’y a aucun mal à s’attarder à regarder les images plus longtemps que l’on en aurait besoin pour comprendre ce qui se passe. Si on paie 20 dollars pour une BD qu’on lit 4 fois, on l’a payé 5 dollars par utilisation. C’est moins cher qu’un film vu au cinéma et vite oublié !

2 – Il ne faut pas juger un livre par sa couverture

Comme il se publie de plus en plus de bandes dessinées, les étagères s’encombrent et on a de plus en plus de choix quand on va au libraire. Les éditeurs le savent et comme leur job est de s’assurer qu’on mette de l’argent dans leurs poches, ils nous prennent par les sentiments.

La couverture d’une BD est l’élément de vente numéro 1 pour les éditeurs. Résultat, le dessinateur se défonce pour faire une image de couverture superbe. Cela ne veut pas dire qu’il a mis le même effort pour les pages qui sont à l’intérieur ! Ça a peut-être l’air bête comme conseil, mais il ne faut pas être leurré par l’image de couverture d’une BD.

Il faut TOUJOURS ouvrir l’album, le feuilleter un peu et essayer de voir si le style graphique du dessinateur nous plaît. L’histoire aussi doit nous sembler intéressante, mais si on a mal aux yeux en regardant les dessins d’une BD, on n’aura aucun plaisir à la lire.

3 – La constance est une qualité rare

Vous êtes peut-être un fan des premières séries de Lance et compte. Je ne vous juge pas, même si on a des goûts différents. Si c’est le cas, vous devez quand même admettre que celle qui est à la télévision en ce moment c’est de la SCRAP ! En gros, on ne peut pas faire mouche à chaque fois, ou même jamais, si on prend l’exemple de Fabienne Larouche…

Des séries de bande dessinée, c’est long. Très long. Tintin a eu droit à une trentaine d’aventures, Dragonball a 42 tomes, Michel Vaillant doit en être à sa 60e aventure, Lucky Luke a environ 70 volumes derrière la chemise et les histoires de Charlie Brown ont été publiées pendant 50 ans…

Quand on achète un volume d’une série, on est tenté de se procurer la suite. Il faut savoir dans quoi on s’embarque ! Les dessinateurs changent-ils au cours de la série, les scénaristes qui se succèdent possèdent-ils des talents semblables et a-t-on vraiment envie de se procurer tous les tomes des aventures d’un personnage quelconque sont autant de questions qu’il faut se poser.

Découvrir une bonne série peut être très plaisant. On suivra les mêmes personnages pendant des années, on saura à chaque fois que l’achat sera satisfaisant et l’histoire s’étalera pendant des centaines et des centaines de pages. La sortie d’un nouveau numéro devient une date à mettre à son agenda et il faut admettre que ça fait très joli dans une bibliothèque quand on a des tablettes complètes de BD semblables.

Je vous conseillerais donc d’aller à la bibliothèque municipale pour emprunter quelques volumes de différentes séries, d’en identifier une ou deux qui vous plaisent particulièrement et ensuite vous les procurer. Quand on embarque dans des séries bien construites et pas faciles à comprendre, croyez-moi, ça va avoir valu la peine de les acheter pour retourner voir ce qui s’est passé !

4 - Neuf ou usagé ?

Ah, quand même une bonne question que celle-là.

On peut sauver énormément d’argent en achetant une BD usagée. Si on hésite à mettre une vingtaine de dollars sur une BD de 48 pages qu’on va dévorer mais qu’on peut l’avoir à 5 balles dans l’usagé, la décision est moins difficile à prendre. Sauf que parfois, l’objet est tellement abîmé qu’il vaut à peine le prix d’achat.

Encore une fois, il faut ouvrir la BD et l’inspecter avant de décider si on se la procure ou pas. Si un gamin s’est amusé à flanquer des moustaches à toutes les dames illustrées (véridique), si on retrouve des taches de sauce à spaghetti (véridique et dégueulasse) ou si des pages où y a de la nudité sont collées ensemble (véridique, dégueulasse et troublant…), c’est clair que ça vaut pas la peine de se l’acheter.

Il y a des choses plus tolérables. Une BD aux pages jaunies reste lisible et une couverture salement amochée n’implique pas forcément que l’intérieur de la BD est dans le même état. J’ai acheté les 14 tomes de la série Akira, de Katsuhiro Otomo. À 30 dollars le tome, j’aurais payé pas mal cher pour une série quand même excellente mais qui a de sérieuses longueurs. C’est en faisant des concessions sur une reliure qui n’en est pas à sa première jeunesse, une couverture pratiquement trouée et des pages un peu déchirées dans le bas que je m’en suis tiré à environ 200 dollars pour réunir la série au complet sur les étagères de ma bibliothèque.

Au-delà de l’objet en soi, il faut aussi se demander si c’est une BD qui mérite d’être achetée au plein prix ou non. Je m’explique : les éditeurs européens ont de plus en plus tendance à vendre des volumes antérieurs de leurs séries populaires avec un bon rabais. On se fait proposer des Astérix, des Gaston et des Tuniques Bleues à 10$. Tentant, oui, mais pas absolument nécessaire. Quand une série a été publiée et rééditée des dizaines de fois, on peut, avec un peu d’effort, la retrouver dans l’usagé presque au complet. Si on a 35 tomes d’une série et qu’il en manque 3 à notre collection complète, ça peut valoir la peine de les acheter à la librairie juste parce que ça nous évite des recherches laborieuses. Sinon, patience et économie vous permettront d’acheter plus de BD moins cher et de faire des découvertes intéressantes.

Je vous conseille franchement d’aller voir dans les librairies usagées, surtout si vous achetez peu de bandes dessinées. Chez Débédé, sur St-Denis, on propose des BD neuves et usagées et la sélection est impressionnante. Passez faire un tour là-bas.

5 - La valeur réelle de la rareté

Vous avez peut-être déjà entendu parler du montant faramineux qui a été dépensé par des gens vraisemblablement trop riches pour pouvoir s’acheter une édition originale d’un premier numéro d’un comic-book de super-héros. Sinon, sachez que le Amazing Fantasy numéro 14 (première apparition de Spider-Man) se vend facilement 20 000$ US (et même plus) et j’ai même entendu dire que le président de DC comics serait prêt à payer 1 million de dollars pour acheter le premier numéro des aventures de Superman pour autant que celui-ci soit en parfaite condition.

Mon opinion là-dessus est bien simple : le milieu des collectionneurs de bandes dessinées est peuplé de gens qui n’ont aucun intérêt pour la lecture des BD qu’ils transigent. Ils jouent à la bourse avec des œuvres, voilà tout. Seth a publié une sublime bande dessinée intitulée Wimbledon Green, the greatest comic book collector in the world, qui dépeint de manière amusante et intelligente le milieu des collectionneurs. Franchement, c’est une bonne lecture mais ça dégoûte de vouloir se lancer là-dedans.

Il ne faudrait pas se mettre à acheter des bandes dessinées en fonction de leur valeur de revente. D’abord, ce serait ridicule, et ensuite ce serait en vain. Il faudrait que vous ne la lisiez pas, que vous la conserviez sous clé, dans un emballage de plastique et de préférence dans un abri anti-nucléaire pour qu’elle garde sa valeur. Ensuite, au moment de la vente, il faudrait trouver un acheteur intéressé (bonne chance) et être capable de négocier un prix qui a de l’allure (je ne vous souhaite même pas bonne chance parce que vous allez vous faire plumer). L’autre option est de la vendre à quelqu’un du milieu, qui va ensuite la revendre cinq fois plus cher à quelqu’un d’autre, et vous vous serez fait avoir avec votre plein consentement.

Néanmoins.

La rareté peut faire en sorte que vous ayez intérêt à acheter une BD particulière, même si elle est d’un prix plus élevé que la moyenne. C’est surtout le cas pour des ouvrages plus difficiles à trouver, qui n’ont pas été réédités ou qui ont étés imprimés à faible tirage. Par exemple, Chris Ware, l’un des meilleurs auteurs de graphic novel américain, a récemment changé de maison d’édition, passant de Fantagraphics à Drawn and Quarterly. Par le fait même, il a décidé que tout ce qu’il avait publié chez Fantagraphics ne serait jamais réédité. Le sachant, j’achète spontanément ce que je peux trouver de lui parce que je suis conscient que je vais avoir bien de la misère à le retrouver par la suite. Par contre, je ne vendrai jamais ce que j’ai acheté de lui, même si on offre de me l’acheter pour des milliers de dollars (ok, honnêtement j’y songerais peut-être…).

Le problème avec ce genre de situation c’est qu’il faut être en connaissance de cause, ce qui n’est vraiment pas toujours le cas. C’est un problème qui est facile à régler ; y a qu’à demander au vendeur si il pense que le numéro particulier d’une collection sera disponible régulièrement ou non. Si on est gêné ou que le libraire n’est pas sympathique, une autre bonne idée est de regarder à l’intérieur de la BD, histoire de voir si l’ouvrage en est à sa sixième réédition, dans quel cas il n’est pas trop difficile de concevoir que la maison d’édition en fera une septième éventuellement et qu’elle doit être facile à trouver dans l’usagé. Pour le dire simplement, y a pas le feu.

Bref, il faut considérer la disponibilité d’une bande dessinée pour évaluer sa rareté, et non sa valeur financière probable ou éventuelle.

6 - À l’unité ou en groupe ?

Dans le cas des comic-books américains, la question est intéressante. Habituellement, une série de BD de superhéros est publiée de manière hebdomadaire ou mensuelle. Comme l’action de la série se passe rapidement, il faudrait se l’acheter à chaque semaine, sinon on va être pris pour la chercher un moment pour ne pas être perdu dans la suite de l’histoire. Par contre, les séries vont parfois être rééditées dans un volume plus épais (généralement appelées les paperbacks) où l’on va pouvoir tous les trouver. Si on veut avoir tous les volumes d’une série et qu’on préfère les éditions compilées et plus grosses d’une série (c’est mon cas), on peut avoir tendance à attendre les compilations plutôt que d’acheter tous les numéros séparément.

Sur cette question, je serais incapable de formuler une réponse définitive. Le problème est que les paperbacks varient trop de fois en fois pour savoir si il vaut mieux attendre une éventuelle réédition ou si on devrait acheter tout de suite la série en cours. Quelques exemples pour démontrer ce que je veux dire :

Gunnm. Gunnm est une excellente série de mangas japonais qui raconte l’histoire de Gally, cyborg d’origine martienne qui commence son existence dans une ville-dépotoir et qui va finir par se ramasser dans l’espace, le tout ponctué d’innombrables bastons, d’histoire d’amour cruelles et de réflexions philosophiques intéressantes. Originellement, la série a été publiée dans le petit format habituel des mangas, mais depuis quelques années elle a été rééditée dans des grands volumes. Comme le dessin est superbe et que la réédition contient du matériel inédit, j’ai été un peu frustré de les avoir achetées en première version et je me vois mal dépenser 300 dollars pour une série que j’ai déjà, en plus du fait que je ne lis que très peu de mangas. C’était impossible à prévoir à l’époque mais les lecteurs qui commencent la série en ce moment sont pas mal chanceux.

Optic Nerve. Adrian Tomine est l’auteur de cette série qui n’en est pas une. En fait, il écrit et dessine des histoires qui prennent rarement plus d’un numéro. La série est publiée dans le format comic-book habituel, mais les 8 premiers numéros ont étés compilées dans deux recueils, Sleepwalk and other stories et Summer Blonde. Ces deux recueils sont d’un format plus grand, ce qui permet de mieux apprécier les dessins et tous les détails qui deviennent généralement essentiels à la compréhension de l’histoire. Même si je continue à acheter les nouveaux numéros de Optic Nerve qui sortent de temps en temps, je sais que je pourrais attendre les compilations parce qu’elles sont plus intéressantes.

Spawn Même si je ne m’achète plus de numéros de cette série depuis un bon moment, j’ai été assez dégoûté en apprenant que Image Comics a récemment sorti une compilation en 2 volumes des 100 premiers numéros de la série où on ne retrouvait pas les images de couverture des originaux. Les cover étaient généralement fantastiques et on perd beaucoup à ne pas y avoir droit dans la version compilée.

Black Hole. L’incroyable série de Charles Burns a récemment été publiée en format Graphic Novel par Partheon. Je me la suis achetée, mais j’ai découvert par la suite que les numéros originaux contenaient deux petites pages de plus qui n’ont pas été récupérées dans la version compilée. Dans un sens, je croyais que ce n’était pas dramatique, mais en allant voir ce que ces pages contenaient (parce que je faisais un travail scolaire sur la série), j’ai découvert que les courts textes qui se trouvaient dans ces pages étaient essentiels à la compréhension complète de l’histoire. Même si on peut lire la compilation et l’apprécier sans avoir lu ces pages manquantes, c’est fâcheux qu’on ait pris la peine de ne pas les reproduire. Je me demande encore pourquoi.

La plupart du temps, la version compilée présente beaucoup d’avantages : elle est plus grosse, on a tous les numéros d’un seul coup, l’achat d’un seul volume est moins dispendieux que l’achat des numéros originaux et on retrouve beaucoup de matériel inédit ou supplémentaire à l’intérieur des compilations. Il arrive aussi qu’on ait moins de matériel ou que la qualité d’édition soit moins bonne. Bref, ça varie énormément de fois en fois, d’éditeurs en éditeurs et de séries en séries.

Je préfère tout de même les compilations et je crois que l’acheteur occasionnel de BD devrait aller dans cette direction. Malgré tout, ça vaut toujours la peine de se renseigner à ce sujet avant de faire un achat.

C’est tout pour le moment. Je sais que mes conseils ne sont pas suffisants pour devenir un acheteur de BD infaillible mais mon but avec cet article est surtout d’éclaircir certaines questions et de soulever des points importants que les gens considèrent rarement avant de s’acheter une BD.

Si vous avez encore des doutes, des questions ou même des insultes à m’adresser, vous pouvez toujours m’envoyer un courriel ou simplement les taper dans le forum. Je ne suis pas un expert et le terme de « spécialiste » qui me présente sur ce site est peut-être un peu fort, mais je serais en mesure de vous répondre au mieux de mes connaissances. Au pire, je me renseignerai pour vous.

dimanche 12 novembre 2006, par Gabriel Tremblay Gaudette

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