Gone Baby Gone

La rédemption de Ben Affleck

Les frères Affleck ne finiront peut-être pas comme les frères Baldwin finalement.

Un film de Ben Affleck, avec Casey Affleck, Michelle Monaghan, Morgan Freeman, Ed Harris, Amy Ryan et John Ashton. États-Unis, 2007, 115 min.


Dans un quartier pauvre de Boston, la fillette d’une jeune femme délurée est enlevée en pleine nuit, causant consternation et colère dans le voisinage. Un couple de détectives privés novices, Patrick Kenzie et Angela Gennaro, est engagé pour appuyer la police dans son enquête, et en collaboration avec deux enquêteurs d’expérience, ils ratissent les bas-fonds de la ville à la recherche de ceux qui refusent normalement de collaborer avec les forces de l’ordre. Les indices qu’ils découvrent les mèneront peut-être sur les traces de la disparue, mais avec un prix moral à payer beaucoup plus élevé qu’ils ne s’attendaient.

JPEG - 63.5 ko
Patrick Kenzie (Casey Affleck)

Impossible de ne pas comparer Gone Baby Gone avec la précédente adaptation cinématographique d’un roman de Dennis Lehane ; Mystic River. Si les deux récits se tissent sur le fond d’un épouvantable drame humain, l’accent du plus récent est davantage mis sur l’intrigue policière, mais sans pour autant négliger l’émotion inhérente au sujet. Ben Affleck, contre toutes attentes, accouche d’un polar extrêmement achevé, tout à fait original, poignant et redoutablement efficace.

Les intrigues et sous-intrigues se dévoilent avec une précision étonnante et les retournements arrivent toujours à point nommé pour relancer le suspense. Les technicalités de l’enquête n’ombragent jamais le drame profond sous-jacent, ce qui est souvent le piège dans lequel tombent beaucoup de films du genre (Mystic River allait plutôt en sens contraire, ce qui n’est pas nécessairement mieux non plus ; quand l’aspect dramatique prend le pas sur le policier, le spectateur reste avec l’impression de s’être fait berner et/ou d’avoir perdu son temps, nonobstant l’envergure tragique).

Casey Affleck mène une distribution extrêmement solide, accompagné d’acteurs vétérans tels Morgan Freeman et Ed Harris qui livrent la marchandise comme toujours. D’autres nouveaux venus, comme Michelle Monaghan et Amy Ryan, nous surprennent par leur jeu naturel et troublant, tandis que le jeune frère Affleck lui-même nous sert une prestation ferme et mature étonnante, malgré sa gueule d’adolescent.

JPEG - 83.3 ko
Nick Poole (John Ashton), Helene McCready (Amy Ryan) et Remy Bressant (Ed Harris)

La réalisation de Ben Affleck suit une tangente au goût du jour (caméra à l’épaule, longs plans de dialogues, etc.) qui sied parfaitement le ton de son thriller. La mise en image des faubourgs malfamés de Boston est magnifique, tout en clairs-obscurs, et la ville devient ainsi un personnage à part entière de l’histoire, aussi important que les êtres en chair et en os. En oscillant constamment, mais avec minutie, entre le drame et le suspense, Gone Baby Gone nous conduit d’un pas assuré à travers l’univers glauque de Dennis Lehane.

Après une série de mauvaises décisions (est-il besoin de les énumérer ?), Ben Affleck peut enfin se féliciter d’avoir apporté quelque chose de significatif au monde du cinéma, qui vient du même coup de s’enrichir d’un jeune réalisateur prometteur. Qui eut cru, qu’à travers Gigli et Surviving Christmas se cachait l’ombre d’un restant de carrière pour la moitié mâle de Bennifer ?

mercredi 24 octobre 2007, par Charles-Louis Thibault

2 Messages de forum


Créé, géré, édité et bidouillé par David Lamarre. Tous droits réservés (2008)