Ghost Rider

Chauffeur du dimanche

Si le ridicule tuait, Mark Steven Johnson serait déjà mort deux fois. Il serait mort une première fois en 2003, quand il nous a servi l’insipide DareDevil, et il serait mort à nouveau cette année avec l’indigeste Ghost Rider.

Un film de Mark Steven Johnson, avec Nicolas Cage, Eva Mendes, Wes Bentley et Peter Fonda. États-Unis, 2007, 114 min.

Si le ridicule tuait, Mark Steven Johnson serait déjà mort deux fois. Il serait décédé une première fois en 2003, quand il nous a servi l’insipide DareDevil, et il serait mort à nouveau cette année avec l’indigeste Ghost Rider.

Nicolas Cage, un amateur invétéré de bande dessinée, a déjà été considéré pour incarner le nouveau Superman à l’époque où Tim Burton devait ressusciter la franchise moribonde. Même si le le projet tomba à l’eau, Cage s’est entêter à vouloir jouer un super héros, quel qu’il soit, quitte à se retrouver avec les restants de table de Johnny Depp. C’est exactement ce qui s’est passé avec Ghost Rider.

Cage y incarne Johnny Blaze, un casse-cou de la moto qui vend son âme au diable pour sauver son père du cancer. Voulant oublier sa dette, Blaze se noie dans l’alcool, les cigarettes et les shows télé débiles et abandonne son amour de jeunesse (Eva Mendes) sur le bord d’une route. Mais un beau jour, Méphistophélès (Peter Fonda) vient réclamer son dû et fait du motocycliste son nouveau chasseur de prime, le Ghost Rider en question. Sous son nouvel habit enflammé, Blaze doit retrouver un contrat pour 1000 âmes que le fils du diable, Blackheart (super nom évocateur pour un Wes Bentley tout droit sorti d’un vidéo-clip de The Cure), tente de dénicher afin d’usurper le pouvoir de son père. Comme toute l’intrigue tient sur de minces ficelles mystico-métaphysiques, on ne nous demande pas de questionner la logique grossière de ce monde saugrenu, mais de bêtement l’accepter comme telle et de s’extasier devant une moto en feu. (Wow, une moto en feu !)

Il serait ardu et lassant d’énumérer toutes les faiblesses de Ghost Rider. Commençons par l’essentiel et l’évident ; le personnage. Il est difficile de concevoir que ce projet de « super héros » ait pu déborder des pages de Marvel comics, particulièrement entre les mains peu délicates de Mark Steven Johnson. Comment les producteurs de la Columbia, qui ne sont pas reconnus pour leur sens de l’humour, ont-ils pu laisser un tel film, dont le principal antagoniste est un squelette, motard, en feu, qui se bat avec une chaîne, se répandre sur nos écrans ?

Le concept général de Ghost Rider est d’une simplicité adolescente gênante et Johnson, qui sévit également au scénario, dirige le tout à tâtons. Si sa narration tient de l’évidence (un homme tousse en fumant une cigarette, ergo il est atteint du cancer), ses talents de réalisateur se limitent aux banalités les plus usées (quand Ghost Rider se jette dans le vide du haut d’un gratte-ciel dans une séquence qui veut faire office de climax, Johnson nous la sert au ralenti pour que chaque seconde d’intensité préfabriquée soit bien assimilée par son public débile).

Les personnages, comme les situations, de cette fresque de cuirette naissent d’une suite logique simpliste baignée dans le mauvais goût, qui n’inspire qu’ennui et désintérêt. Le tout est noyé dans une musique insupportable aux relents de vieux westerns tournés pour la télévision, gracieuseté de Christopher Young. L’ensemble est une quétainerie sans nom qui défie les lois de la tolérance.

Que Johnson ait pu faire décoller, ne serait-ce que d’une seule aile, un projet aussi éminemment grotesque que Ghost Rider est un exploit en soit, mais qu’il ait su attirer dans son gouffre d’insignifiance des acteurs de calibre comme Nicolas Cage, Peter Fonda et Wes Bentley relève de la mauvaise blague. Les comédiens, laissés à eux-mêmes dans ce monde absurde, doivent se débrouiller avec des dialogues sans vie garnis de one-liners éculés. Pour Fonda, une question nous brûle les lèvres (la même qu’à Martin Sheen au sortir de Spawn) ; pourquoi ?

Nul doute que pour concrétiser son mauvais fantasme de jeunesse, Mark Steven Johnson, à l’instar de son héros au perfecto de cuir studdé, a vendu son âme au diable. Espérons que les clauses du contrat ont toutes été remplies par la naissance de cette abomination cinématographique et qu’on ne le reprendra plus à commettre de tels impairs.

mercredi 21 mars 2007, par Charles-Louis Thibault

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