Flags of Our Fathers

Le poids du héros

Clint Eastwood regarde avec ses yeux américains, une des plus sanglantes batailles de la seconde guerre mondiale.

Un film de Clint Eastwood, avec Ryan Philippe, Jesse Bradford, Adam Beach, Barry Pepper, Jamie Bell, Paul Walker & Robert Patrick. États-Unis, 2006, 132 min.


Clint Eastwood regarde avec ses yeux américains, une des plus sanglantes batailles de la Seconde Guerre mondiale.

Trois jeunes survivants de la bataille d’Iwo Jima, qui ont levé le célèbre drapeau sur le mont Suribachi, reviennent aux États-Unis et sont portés en héros à travers le pays. Pendant qu’ils doivent donner discours après discours pour vendre des bons de guerre, ils se remémorent, pour notre plus grand plaisir cinématographique, les moments forts de cet affront qui dura 35 jours. Si, sur les sables noirs de l’île japonaise, ils devaient affronter de féroces guerriers prêts à mourir pour défendre leur mère patrie, sur le sol américain ils sont confrontés aux bureaucrates de l’armée, aux industriels véreux, aux profiteurs de guerre et aux foules en délires. Pour l’un, ce sera la rançon de la gloire (Jesse Bradford), pour un autre, un calvaire pire que les tirs nippons (Adam Beach), pendant que le troisième voit cette tournée comme un mal nécessaire (Ryan Philippe).

Eastwood a certainement fait sienne l’histoire de ces marines. Il raconte avec une intensité organique les affrontements sanglants et humanise avec sensibilité et sens commun la réalité des soldats que la propagande militaire veut trop souvent nous faire voir comme de froides machines de guerre. Le thème de l’héroïsme nous est martelé sans subtilité du début à la fin, mais sans jamais tomber dans le patriotisme facile. Plutôt que de glorifier les victoires américaines et de démoniser les méchants jaunes comme beaucoup d’autres films l’ont fait avant, Flags of Our Fathers insiste plutôt sur le poids de cet héroïsme, sur son coût humain et sur l’utilisation mercantile qui en est faite. Le marine était le Michael Jordan de l’époque et pouvait faire vendre n’importe quoi.

En se promenant dans la chronologie selon les besoins dramatiques, Eastwood garde un rythme soutenu et assure une compréhension complète des motivations de ses personnages, tout en gardant un certain élément de suspens. Bon père, il prend le spectateur par la main pour qu’il ne s’écarte pas et son discours est d’une clarté exemplaire. Ryan Philippe est encore une fois excellent dans le jeu tout en mélancolie et en retenu d’un homme brisé parce qu’il a vu trop d’horreurs.

Le message du film est explicitement antimilitariste et les parallèles avec le présent conflit en Irak sont inévitables. Sans poser trop de questions, Eastwood montre les morts inutiles et la vanité des généraux en revenant constamment au simple soldat qui doit assumer avec sa vie les décisions de son pays dictées par l’opinion publique. Produit par Steven Spielberg, on aurait pu intituler ce film Saving Private Ryan on an Island, tellement les thèmes se recoupent. Mais il demeure que Flags of Our Fathers est une œuvre sensible et vraie qui frappe fort quand il le faut et porte une réflexion essentielle sur le sens de la guerre. Ce n’est pas le premier film qui le fait et ce n’est pas celui qui le fait le plus originalement non plus, mais le résultat est néanmoins convaincant.

jeudi 4 janvier 2007, par Charles-Louis Thibault

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