Fantastic Four : Rise of the Silver Surfer

4 émotions, c’est beaucoup pour Jessica Alba

Ces super héros de pacotille n’ont de fantastiques que le nom. Le Silver Surfer est assez bien nommé lui par contre.

Un film de Tim Story, avec Ioan Gruffudd, Jessica Alba, Michael Chiklis, Chris Evans, Doug Jones, Julian McMahon, Kerry Washington et Laurence Fishburne. États-Unis, 2007, 90 min. (« Les 4 Fantastiques et le Surfer d’Argent » en version française)

Alors que Mr. Fantastic et Invisible Woman planifient leurs épousailles très médiatiques, de curieux phénomènes météorologiques surviennent aux quatre coins du globe. Malgré la requête de sa fiancée, Mr. Fantastic collabore avec les militaires pour tenter de repérer la source de ces perturbations, mais son ancien rival Dr. Doom, jusque-là présumé mort, le prend de vitesse. Doom identifie le responsable des dérangements climatiques et entre en contact avec le Silver Surfer, une mystérieuse entité cosmique. Les 4 Fantastiques devront alors faire alliance avec leur ennemi mortel pour résoudre le mystère de l’émissaire étincelant et mettre à jour une menace de dimension planétaire.

JPEG - 51.5 ko
Les 4 Fantastiques (Chris Evans, Ioan Gruffudd, Jessica Alba et Michael Chiklis) à Shanghai

Il est essentiel d’approcher le nouveau Fantastic Four en gardant son public cible en tête ; les enfants. Tout dans cette nouvelle adaptation résonne d’un enfantillage un peu grotesque. Malgré la promesse d’affrontements galactiques et de drame humain à grande échelle (pour ceux qui ne le savent pas, le Silver Surfer annonce la venue de Galactus, un être aux pouvoirs immenses qui se nourrit de planètes), Tim Story nous sert le tout avec la banalité la plus plate. Les personnages ont l’épaisseur d’une feuille de papier journal et leurs motivations tiennent de l’évidence. Les conflits entre les protagonistes ont la subtilité de la propagande nazie et l’intrigue est à ce point simpliste qu’elle donne l’impression d’assister à un épisode quelconque de G.I. Joe.

La distribution, qui se compose pourtant d’acteurs solides tels Michael Chiklis (The Shield), Julian McMahon (Nip/Tuck) et Ioan Gruffudd (Amazing Grace), est dirigée sans finesse et la gamme émotionnelle offerte est moins fournie que le nombre de smileys dans MSN Messenger ; content, fâché, surpris et gêné forment l’essentiel des choix. Jessica Alba (Honey), méconnaissable avec ses allures de surfeuse dorée californienne, est particulièrement insipide en Invisible Woman qu’on souhaiterait encore moins visible. Pour s’assurer que même les enfants les plus mongols ne ratent rien, les quatre émotions sont soulignées à gros traits par le jeu gauche des comédiens et les dialogues ont la consistance d’une notice de boîte de céréales (sans jouet à l’intérieur, soyez-en averti). On se trouve loin de l’intensité dramatique de Batman Begins ou de Spider-Man 2.

JPEG - 30.1 ko
Johnny Storm (Chris Evans) rencontre le Silver Surfer (Doug Jones) d’un peu plus près qu’il ne l’aurait souhaité

Les scènes d’actions, qui forment normalement le seul radeau de sauvetage des mégaproductions estivales, n’impressionnent pas vraiment ici. La plus intéressante, la folle poursuite entre Human Torch et le Silver Surfer, a malheureusement été gâchée par la bande-annonce et celles qui restent sont expédiées en quelques plans rapides conçus pour un public de tous âges. Par souci d’internationalisme, les Fantastiques se promènent aux quatre coins du monde, sans raison apparente autre que de bien faire comprendre qu’ils combattent une menace d’ordre mondial.

À travers des one-liners pénibles (« What do you have against capitalism ? » marque un nouveau sommet de platitude), ces super héros fades utilisent leurs pouvoirs, moins pour combattre le crime que pour provoquer des rires faciles avec une pluie de gags usés qui se retrouvaient déjà dans le premier film. Les personnages ne vivent aucune introspection plus complexe qu’un ongle d’orteil et les sempiternels questionnements des super héros sont ressassés avec maladresse et le plus grand manque d’originalité. (Comment avoir une vie normale tout en sauvant la planète ? Peut-on élever des enfants dans ces conditions ? Dois-je me servir de mes pouvoirs pour conquérir le plus de femmes possible ?)

JPEG - 30.9 ko
Sue Storm (Jessica Alba ?)

Naguère, on ne demandait pas grand-chose aux films de super héros, si ce n’est que de divertir les enfants pendant quelques heures. Mais depuis que des réalisateurs visionnaires comme Tim Burton, Bryan Singer, Sam Raimi, Christopher Nolan et (même) Ang Lee nous ont offert des œuvres d’une densité exceptionnelle, les attentes se sont élevées en conséquence. Il est d’ailleurs étonnant que Marvel dilapide ces franchises (DareDevil, The Punisher, Elektra, Ghost Rider) entre les mains des premiers venus (Mark Steven Johnson, Jonathan Hensleigh, Rob Bowman et encore Mark Steven Johnson) sans se soucier de la qualité des projets accouchés.

Tim Story, dont les seuls faits d’armes préfantastiques se limitaient à deux films de gangsta obscurs et la très ordinaire comédie Barbershop, réalise Fantastic Four : Rise of the Silver Surfer comme il le ferait pour une pub de Dodge Viper ou un vidéoclip de Creed ; sans saveur. Chris Columbus aurait aussi bien fait, et ce n’est pas pensé comme un compliment.

mardi 19 juin 2007, par Charles-Louis Thibault

3 Messages de forum


Créé, géré, édité et bidouillé par David Lamarre. Tous droits réservés (2008)