Factotum

« Vous êtes viré, Hank Chinaski »

Bukowski a cette façon propre à lui de bien raconter une histoire sale.

Une comédie dramatique de Bent Hamer basée sur le roman éponyme de Charles Bukowski, avec Matt Dillon, Lily Taylor et Marisa Tomei. France/Allemagne/Suède/Norvège/É.-U., 2005, 94 min.

Ceux qui n’ont jamais lu de roman de l’Allemand Charles Bukowski devraient courir immédiatement à la bibliothèque ou dans n’importe quelle librairie pour se procurer un exemplaire de cet auteur. Bukowski a cette façon propre à lui de bien raconter une histoire sale. Son roman Factotum est probablement le comble de la répugnance, l’apogée de la déchéance. Si le film rend plus ou moins bien la déchéance de la situation pourrie que vit Hank Chinaski, brillamment interprété par Matt Dillon (There’s Something about Mary, City of Ghosts, The Outsiders), il a au moins le mérite de nous faire aimer le personnage.

Hank Chinaski est un écrivain. Un vrai. Un écrivain qui écrit malgré l’adversité, qui continue de s’appliquer à la tâche tout en ne recevant que des refus de la part des nombreux éditeurs à qui il soumet ses nouvelles. Devant l’indifférence de ceux-ci, il couche sur papier des textes en attendant la reconnaissance, qui ne vient malheureusement pas. Il doit alors accepter les pires boulots pour survivre. Beaucoup s’y reconnaîtront d’ailleurs dans ce personnage ! Mais Hank est un grand buveur, un alcoolique sévère et ses employeurs n’apprécient pas ce côté de lui.

Je me rappelle avoir lu une copie souillée du roman, l’édition à la couverture fuchsia, empruntée à la bibliothèque Mile-End, avec des taches douteuses dont je préfère ignorer la provenance. J’ai adoré ! Le livre, évidemment, mais aussi l’insalubrité des pages qui ajoutait une ambiance miséreuse à l’histoire. J’ai été agréablement surpris de voir cet aspect dans le film, transposé par la bande sonore d’une incroyable qualité. L’interprète norvégienne Kristin Asbjørnsen chante d’une voix rauque, suave et langoureusement grave quelques textes et poèmes de Bukowski. La chanson thème Slow Day, d’une incroyable puissance, est disponible en écoute libre sur MySpace.

Si le quotidien d’Hank Chinaski peut sembler pathétique (par quotidien, je me réfère à ses entrevues d’embauches suivies de licenciement, d’histoires d’amour instables, d’abus chronique d’alcool et de cigarettes, de morpions, etc.), on peut se demander si sa passion pour l’écriture et son acharnement pour son art font de lui une personne accomplie et heureuse, ou une loque crasseuse. À vous de juger.

Certains ne deviennent jamais fous... Leurs vies doivent être bien ennuyeuses.

-Charles Bukowski (1920-1994)

dimanche 22 avril 2007, par François Gélinas

P.-S.


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