FBDFQ, jour 1

Des instants précieux, et un conert BD

J1 : Un départ solide mais le meilleur reste à venir

Après avoir bravé la 20 et pris un autobus qui m’a emmené en bas de la côte, je suis finalement arrivé à destination ! J’ai tout juste eu le temps de trouver mon hôtesse avant de prendre la direction de la bibliothèque Gabrielle-Roy pour aller voir le documentaire sur Manu Larcenet.

Des instants précieux, un documentaire sur Manu Larcenet.

Ce film très intimiste et tourné avec peu de moyens présente le bédéiste Manu Larcenet dans plusieurs étapes de la production du troisième tome de sa série Le Combat ordinaire. On peut donc avoir accès à l’atelier de création du bédéiste, au sens propre comme figuré. Manu y va de ses réflexions, parfois peu élaborées mais toujours développées avec soin et considération, et qui ne tendent qu’à un seul but : « faire un bon album ».

La première partie du film, où Manu fait son repérage pour les scènes importantes de son album. On y voit un auteur soucieux de trouver à la fois un réalisme et une puissance visuelle dans le choix des lieux où l’action va se dérouler. De le voir discuter avec le réalisateur, et de constater comment cette discussion lui amène à élaborer ses idées de manière plus précise, est rien de moins que fascinant.

D’ailleurs, à mesure que les entrevues progressent, on peut découvrir à quel point le personnage de Marco est un alter ego de Larcenet, à qui il fait partager les même opinions et expériences que celles qu’il a traversé. La scène qui fait éclater cette vérité est particulièrement touchante : alors qu’il lit un monologue de son album traitant de la mort de son père, l’auteur fait de son mieux pour ne pas fondre en larmes. Bien qu’il y parvienne, on peut bien sentir comment il a investi émotionnellement son œuvre.

Le passage le plus intéressant du film est probablement celui où on assiste à l’encrage de l’album. Après avoir réalisé des crayonnés (dessins préliminaires et plutôt schématiques effectués au crayon de plomb), il dépose ses maquettes sur une table lumineuse et effectue le dessin définitif avec des stylos à encre. Ce qui est impressionnant, c’est qu’il ne fait pas du tout un décalque de ses crayonnés, comme c’est parfois le cas chez certains auteurs ; il utilise ses maquettes comme des repères d’espace, et se laisse aller à la spontanéité du geste. Au moment où il accomplit la chose, il explique à la caméra comment sa relation avec l’étape de l’encrage a changé au cours des ans ; d’abord préoccupé par la qualité de son dessin au point de craindre cette étape décisive de la production, il préfère maintenant le faire dans la joie et l’allégresse, ce qui procure à ses images une spontanéité qui fonctionne très bien au résultat final.

Bien que court (plus ou moins 60 minutes), ce film permet autant aux fans de Manu Larcenet d’avoir accès aux coulisses de la production d’une des meilleures séries qu’il a écrites à ce jour, qu’aux curieux de découvrir comment s’élabore et s’exécute la création d’un album de bande dessinée. Les quelques passages où l’auteur nous fait part de ses réflexions ou rigole avec son frère sont aussi divertissants que touchants.

(Note sans rapport avec le film : en fait de projection, c’était moins réussi. Les dames à la caisse de la bibliothèque n’étaient pas au courant qu’une projection allait avoir lieu le soir-même, et le film en question était plutôt un DVD qui était projeté contre le mur dans une salle où il devait y avoir un gros 6 personnes, presque 7 mais un monsieur louche s’est poussé peu de temps après que la projection ait commencé. Les chaises étaient inconfortables au possible. D’un autre côté, c’était gratos et sympa, alors je ne peux pas exiger la lune)

À mon grand dam, j’ai loupé la presque totalité du concert BD qui avait lieu peu de temps après. En effet, mon estomac a fait en sorte que j’ai dû marquer un temps d’arrêt avant de pénétrer dans la Galerie Rouje. J’en ai vu juste assez pour en faire un minime compte-rendu, mais sans pouvoir en faire un jugement définitif. Alors voilà ;

On va régler une chose pour commencer. Savez-vous comment ça sonne de la musique contemporaine ? Autant la pop est accessible, autant la musique contemporaine est… euh… intéressante…compliquée…tumultueuse…hermétique ? Bref, malgré les interprétations spectaculaires des musiciens, les membres de l’assistance qui n’étaient pas familiers avec le genre (et ils étaient peu nombreux) sont restés pantois devant ces étranges pièces musicales. Beaucoup de gens présents dans la salle semblaient être venus voir des membres de leur entourage performer, ou du moins savoir dans quoi ils s’embarquaient.

Bref. La première partie, où des planches de BD étaient projetées pendant que des musiciens exécutaient des pièces composées en s’inspirant directement de celles-ci, avait été fort intéressante, de l’avis de gens qui y ont assisté (commentaire sincère ou poli ? Mystère…). La deuxième partie avait beaucoup moins à voir avec la BD, par contre. De ce que j’en ai vu, les pièces jouées semblaient avoir été composées sans réel rapport avec la bande dessinée, du moins jusqu’à ce qu’arrive le numéro final.

Ceci fut un événement, pour le moins, plus spectaculaire. L’idée était de faire jouer une pièce de musique d’environ 16 minutes pendant qu’un dessinateur pondait une illustration sur un écran d’ordinateur en s’inspirant du mieux qu’il le pouvait de ce qu’il entendait. J’ai oublié le nom de la saxophoniste qui interprétait une partition très compliquée avec brio, mais je sais de source sûre que le dessinateur s’appelle JeiK.

C’était vraiment intéressant de voir une image s’élaborer sous nos yeux en quelques minutes seulement. Bien que quelques apparitions de menus de photoshop sont un peu venus briser la magie du dessin qui se fait tout seul, JeiK est parvenu en peu de temps à produire une image très réussie et travaillée. Évidemment, en travaillant sous pression comme il le faisait, il a dû laisser des choses en plan et certains ajouts spontanés on quelque peu gâché le résultat final, mais l’attention donnée au visage de son personnage et la composition d’ensemble fort harmonieuse, aux lumières très réussies, est remarquable.

Je dois avouer que je suis resté très sceptique quand à la liaison entre musique et image. La saxophoniste était trop occupée à jouer pour voir le dessin s’élaborer et la pièce musicale contenait trop de modulations rapides et de changements d’atmosphère pour que les deux aient pu s’influencer adéquatement. Bien que quelques accents musicaux aient pu provoquer un jet d’inspiration dans la plume de Jeik, il ne pouvait tout simplement pas exécuter son idée visuelle pendant que la musique qui en était la source parvenait à nos oreilles, simplement parce que cette musique était rendue bien ailleurs pendant ce temps-là.

En somme, je dirais que si cette idée de performance duo-artistique a bien du potentiel, il faudrait faire certains ajustements à la formule pour qu’elle puisse mieux s’accomplir. D’abord, il est impératif qu’on choisisse une pièce musicale moins dense et plus stable, question que le dessinateur n’aie pas à prendre trop de directions contradictoires pour s’assujettir à la musique. Ensuite, il pourrait être intéressant de trouver deux ou trois artistes qui se prêtent au jeu : un qui exécute une œuvre sur son écran d’ordinateur et un autre qui travaille sur papier et dont la démarche serait filmée et projetée. Sans placer les artistes en compétition mais plutôt pour voir plusieurs version de ce que la pièce musicale, cette formule permettrait d’explorer les différentes interprétations qu’on peut faire de la même musique.

Quand même, pour réussie que puisse être l’image de Jeik, il faut admettre que ce n’est pas de la BD. Mais il ne serait pas impossible de réaliser une telle expérience ! Disons, par exemple, qu’un (ou une) bédéiste choisisse un album de musique d’une durée d’environ une heure et qu’il exécute une planche pendant l’écoute de cette musique devant les yeux ébahis du public... On ne pourrait pas s’attendre à un chef-d’œuvre en si peu de temps, mais ce serait très fascinant à voir ! Des intéressés ?

J’ai pu m’entretenir brièvement avec JeiK après sa performance. Il m’a d’abord expliqué qu’il avait déjà entendu la pièce et qu’il s’était pratiqué une fois, histoire de savoir ce qu’il aurait le temps de faire en 16 minutes. Bien qu’il ait prêté l’oreille à la musique jouée, il s’attardait surtout à pouvoir produire un résultat final réussi. L’insistance qu’il a mis sur le visage était essentielle selon lui, parce que c’est ce que l’observateur va remarquer en premier lieu. Son travail a été accompli de manière désorganisée et un peu brouillonne (à son avis, du moins) mais il s’est dit satisfait de son exercice. Un problème technique de couleurs et de layers l’a retenu (j’ai pas trop compris) et il pense qu’il aurait dû éviter de faire des zooms aussi fréquents, mais la réaction du public (qui, à force de venir le féliciter, m’a un peu chassé de ma place) peut lui permettre d’être fier de lui !

samedi 14 avril 2007, par Gabriel Tremblay Gaudette

P.-S.

J’ai demandé à Jeik de me faire parvenir l’image finale pour que vous puissiez la contempler, et je vais essayer d’obtenir l’image de pratique également. D’ailleurs, je l’invite à expliquer le point technique que j’ai mal compris sur le forum !

Comme vous avez pu le remarquer, il manque un paquet d’informations sur le concert BD (nom des musiciens, de la pièce musicale, des organisateurs, etc.). J’invite les lecteurs à fournir ces compléments d’informations dans le forum, ainsi que leurs impressions !


Créé, géré, édité et bidouillé par David Lamarre. Tous droits réservés (2008)