Dans Exit Wounds, elle présente l’histoire de Koby, un palestinien qui vit de son taxi avec sa tante et son oncle, dont la sœur a immigré aux Etats-Unis et qui s’est brouillé avec son père volage depuis des années. Au début du récit, une certaine Numi entre en contact avec lui afin de lui révéler qu’elle croit que son père a été une des victimes non identifié d’un attentat à la bombe survenu quelques semaines plus tôt. Malgré ses réticences initiales, Koby se joindra à Numi afin de tenter de retracer son père Gabriel, ce qui amènera les deux protagonistes à se rapprocher.
L’histoire a quelque chose de très conventionnel : deux personnages qui n’ont rien en commun (il est palestinien, elle est juive, il déteste son père, elle a été son amante, etc…) se rapprocheront au fil de leurs recherches à propos d’une figure perçue différement par Koby, Numi et les autres personnages qu’ils croiseront. Néanmoins, la construction du personnage absent de Gabriel par le biais des descriptions divergentes qui en sont faites est très habile et le rapport entre Koby et Numi, bien que suivant la recette épurée de la comédie romantique, se conclut sur une finale énigmatique qui est largement supérieure à un happy ending des plus fades.

Koby assume la narration dans des récitatifs à quelques reprises, et les opinions acerbes du personnage, livrées dans un style bref et sans fioritures, donnent lieu aux meilleurs moments d’écriture du roman graphique et permettent de conférer énormément de substance à un personnage qui se serait révélé unidimensionnel autrement. Aussi, bien que le récit soit campé en Israël, on ne trouve que quelques traces et brèves référence à la situation politique sulfureuse de ce pays, les personnages se contentant plutôt d’y faire quelques allusions sans conséquence. Évidemment, l’événement déclencheur du récit est un attentat à la bombe perpétré par un kamikaze palestinien, mais il est pratiquement étonnant de constater comment le fait que Numi et Koby n’appartiennent pas au même groupe ethnique n’est absolument pas traité comme une relation polémique. Le choix d’évacuer la tension politique du récit s’avère être une bonne décision puisqu’il est manifeste, à la lecture de l’œuvre, que Modan ne se préoccupe pas particulièrement de la question politique de son pays.
Le dessin de Modan pourrait presque se décrire comme un « fantasme de la ligne claire », la bédéiste pratiquant un style aussi épuré, sinon plus, que Hergé. Elle tente souvent d’illustrer les émotions de ses personnages par de légères ondulations mais n’y parvient seulement qu’à quelques occasions. Sans opter pour un minimalisme absolu (ses décors étant relativement chargés) et en limitant sa mise en page à l’application d’un modèle plutôt régulier qu’elle emploie à bon escient, elle tente avant tout de ne pas mettre l’image à l’avant-plan, ce qui a pour heureuse conséquence de faire profiter le lecteur de la qualité de sa plume.

En somme, Exit Wounds aurait pu être une banale histoire d’amour, une banale quête initiatique ou un banal pamphlet politique, mais la bédéiste choisit plutôt de mélanger ces plusieurs ingrédients dans une recette délicieuse, à la saveur qui n’est pas trop chargée, et qui s’avale sans arrière-goût. Les différents fils du récit tressent une observation sur la complexité des relations interpersonnelles et, surtout, des difficultés qui peuvent s’ajouter quand ces relations sont vécues dans des situations particulières.

EXIT WOUNDS Par Rutu Modan Éditions Drawn and Quarterly, 2007, 172 pages une belle couverture rigide et un format respectable ! Wow !











