Doomsday

Si le ridicule tuait...

Le film britannique Doomsday, de Neil Marshall, nous plonge dans un monde postapocalyptique où tout est possible. Mais quand possible et ridicule s’entremêlent, un dilemme s’impose.

Écrit et réalisé par Neil Marshall avec Rhona Mitra, Malcolm McDowell, Bob Hoskins, Alexander Siddig et David O’Hara, Angleterre, 2008, 105 min.

Quand un virus mortel fait rage en Écosse, son voisin l’Angleterre décide de barricader la zone contaminée, en coupant l’île en deux, pour arrêter sa progression. Or 25 années se sont écoulées depuis et pourtant l’infection ressuscite dans l’agglomération saturée de Londres. Après avoir pris des mesures drastiques avec la population, le gouvernement envoie Eden Sinclair (Rhona Mitra) et une équipe militaire, dans le no man’s land qu’est devenu l’Écosse. Cependant, les services secrets l’informent que la vie humaine est réapparue sur cette partie désolée de l’île. N’ayant que l’adresse du docteur Kane qui détiendrait peut-être un vaccin contre le virus, Eden et sa bande traverseront de l’autre côté du mur pour y trouver la solution au problème, mais aussi bien des surprises.

Ce sont ces surprises, du nouveau film de Neil Marshall, qui se spécialise dans le créneau du film d’horreur, qui postuleront les limites du film à se prendre au sérieux. Je m’explique, au risque de vous gâcher le film. Malgré une trame narrative assez facile, qui se compare aisément à d’autres films d’actions et d’aventures, les situations extraordinaires prennent un penchant des plus singuliers. Ainsi, la première rencontre avec des Écossais évoque un monde post-catastrophe délirant avec une meute de mangeurs d’humains. Sans foi, ni loi, cette populace a élu dirigeant un nommé Sol, qui lui a repris le style de Johnny Rotten des Sex Pistols pour donner raison à leur succès « Anarchy in the UK » dans ce monde délabré de valeurs. Spectacle flamboyant et BBQ humain sont au menu.

Essayant toujours de trouver le remède, Eden, et le reste décimé de son escouade par la bande de Sol, tombe sur les hommes de mains du docteur Kane. Ainsi, si les costumes des débiles de Sol ont été rachetés par la faillite de Waterworld, la plèbe du fort de Kane a été copiée sur le design de Lord of the Rings. Marshall nous renvoie directement dans un Moyen-Âge où les valeurs guerrières nobles étaient établies, rappelant une époque valeureuse de l’histoire britannique. Rarement, ces deux extrêmes, soit Moyen-Âge et futur post-catastrophe anarchique, ont pu se côtoyer dans un même film sans jurer complètement avec un récit simple, mais fluide.

Ici, on ne peut pas dire que le réalisateur manque d’imagination. Il semble toutefois difficile au spectateur de s’engager pleinement dans cette production, tellement on lui balance du superficiel sur deux pôles complètements différents. Même si les diverses aventures se succèdent de façon ininterrompue, il devient difficile de garder le rythme avec autant de voltige(certains sont meilleurs que moi je l’avoue). On peut presque rapprocher Doomsday au film de Cameron True Lies, qui avait effacé la ligne de la cohérence filmique du divertissement en le remplissant de scènes extrêmes à un point de saturation inégalé. Neil Marshall semble avoir suivi le même cheminement, il a cependant pris soin d’occulté la morale américaine assommante qui vient avec la conclusion. Il faut dire que malgré un vocabulaire restreint, personnage oblige, l’actrice Rhona Mitra n’a rien à envier aux « buffs » hollywoodiens masculins, dans son rôle de tueuse solitaire sans émotions.

Doomsday de Neil Marshall a produit un film d’été très divertissant et très délirant. Ils prouvent que les Britanniques sont maintenant capables de faire des blockbusters aussi médiocres et distrayants que leurs anciennes colonies américaines. Reste seulement à les mettre en salles l’été.

mercredi 30 juillet 2008, par François Petitclerc

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