Disturbia

« Rear Window » pour les nuls

Un thriller pour adolescents, avec des adolescents, par des adolescents.

Un film de D.J. Caruso, avec Shia LaBeouf, Sarah Roemer, David Morse et Carrie-Anne Moss. États-Unis, 2007, 104 min. ("Paranoïak" en version française)

Après la mort de son père dans un accident de voiture dont il se sent responsable, Kale, un adolescent jusque-là ordinaire, devient isolé et agressif. Assigné à domicile pour avoir frappé son professeur d’espagnol, Kale commence à espionner son voisinage, d’abord pour passer le temps, ensuite pour se rincer l’œil sur sa nouvelle voisine Ashley, et finalement pour élucider l’enlèvement d’une jeune femme du quartier. Rapidement, Kale et Ashley se trouvent de nombreux points en commun et, ensemble, ils tentent de prouver que leur voisin, monsieur Turner, est un tueur en série.

Ashley et Kale

Vous m’excuserez de souligner l’évidence de l’année, mais D.J. Caruso n’est pas Alfred Hitchcock. Sa version édulcorée de Rear Window, même si elle joue dans les mêmes thématiques, n’a rien à voir avec le chef d’œuvre d’origine. Disturbia n’est qu’un thriller convenu comme Hollywood nous en pond tant et rien ne le distingue du groupe.

On connaît l’histoire d’avance, sans même avoir vu le film, tellement les procédés sont classiques. On sait que personne ne va croire Kale quand il accuse son voisin d’être le meurtrier. On sait que la police ne trouvera rien quand ils visiteront la maison de monsieur Turner et que le sac de poubelles ne contenait pas un corps dépecé finalement. On sait que le voisin est bel et bien le tueur, même si on essaye de nous faire passer Kale pour un paranoïaque qui s’ennuie trop. On sait aussi que la voisine beaucoup trop sexy pour Shia LaBeouf finira par lui tomber dans les bras parce que c’est la seule belle fille du coin qui n’est pas complètement conne et qu’elle peut voir la beauté intérieure du héros parce qu’elle lit de vrais livres et pas des revues de mode. On sait déjà tout et la bande-annonce nous gâche le reste.

Shia LaBeouf (Constantine) incarne correctement le jeune homme taciturne et incompris qui tourne mal, mais pour de bonnes raisons (il a perdu son père et se sent responsable), et qui finira par redevenir le bon garçon que sa maman aimait tant à la fin. David Morse (The Green Mile) interprète avec conviction le banlieusard sociopathe, malgré sa coupe de cheveux ridicule et la minceur de ses dialogues. Morse est de ces acteurs qui transcendent le mauvais goût, chez qui il est possible de déceler une vitalité brutale dans l’œil, peu importe le personnage qu’il incarne ou dans quel navet il se trouve (il était vivifiant dans House). La façon dont il susurre ses répliques donne toujours une impression d’agressivité à peine contrôlée qui effraie par elle-même, un peu comme le ferait un Hannibal Lecter de Repentigny. La vie post-Matrix n’aura pas été facile pour Carrie-Anne Moss, désormais contrainte à jouer les mères de famille un peu cruche dans un suspense de second ordre. Elle à qui on promettait jadis une carrière stellaire ; on est loin du compte. Son costume de lesbienne à moto dans Matrix Reloaded aura vraiment tout ruiné.

Monsieur Turner

Ce thriller adolescent, pour des adolescents, avec des adolescents, semble également pensé par des adolescents tellement il manque de fraîcheur. Les placements de produits (Xbox 360, iTunes, Coke, PSP, YouTube, etc.) sont d’une évidence gênante, presque autant que l’intention derrière le placardage mur-à-mur de chansons pop débiles. Le public cible n’est interpellé qu’en tant que consommateurs et non plus comme spectateurs, aussi attardés soient-ils. Mais quand le réalisateur d’un film est issu des mondes de la pub et du vidéoclip, il ne faut pas s’étonner si le produit final ne donne le goût que de s’acheter une trame sonore (ou un flingue, c’est selon). Et que ce soit l’intention de base, voilà qui est tout simplement triste.

mercredi 2 mai 2007, par Charles-Louis Thibault

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