Continental, un film sans fusil

Continental, un film sans fusil ou plutôt, un film sans histoire

Avec ce premier opus, le réalisateur plonge le spectateur dans un état semblable à celui de ses protagonistes : c’est-à-dire dans un ennui profond qui donne l’impression que le temps s’étire indéfiniment.

Un film de Stéphane Lafleur avec Gilbert Sicotte, Réal Bossé, Fanny Malette et Marie-Ginette Guay, 109 min, 2007

Vendant son film comme étant une comédie noire qui fait rire jaune, Lafleur propose une oeuvre qui présente le quotidien morne et ennuyeux de quatre personnages aux prises avec la solitude. Toutefois, à ce premier opus, aussi prometteur et original puisse-t-il paraître, quelque chose manque. Ne sachant trop si cela est dû au fait que Lafleur n’a pas su présenter un scénario assez fort pour susciter l’intérêt ou si c’est à cause qu’il a énormément de suite dans les idées, le réalisateur plonge le spectateur dans un état semblable à celui de ses protagonistes : c’est-à-dire dans un ennui profond qui donne l’impression que le temps s’étire indéfiniment.

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Le film commence en nous présentant un homme à bord d’un bus, la nuit. Après avoir piqué un somme, l’homme se réveille, toujours à bord de l’engin, au milieu de nulle part. Une forêt l’entoure. Des sons étranges s’élevant des profondeurs de la brousse l’attirent. Il s’enfonce dans les bois et on n’entend plus jamais parler de lui. Cette prémisse pour le moins mystérieuse agit à titre d’élément déclencheur dans la vie de quatre individus qui, sans le savoir, entreront contact les uns avec les autres grâce à cette disparition. Lucette (Marie-Ginette Guay), la femme de l’homme des bois, ne peut s’expliquer la disparition soudaine de son mari et attend en vain son retour. Vacillant entre la rage et la tristesse, cette dernière tente tout ce qu’elle peut pour le retracer. Louis (Réal Bossé) remplace l’homme porté disparu dans ses fonctions de vendeur d’assurances. Travaillant dans une ville loin de sa petite famille, ce dernier loge à l’hôtel où travaille Chantal. Souffrant de solitude, Chantal tente de créer des liens avec les gens qui croisent son chemin sans jamais y parvenir. Afin de tromper l’ennui, elle se laisse des messages sur son répondeur qu’elle conserve précieusement, à la manière d’un journal intime. Le jour où son répondeur brise, elle va le porter aux bons soins de Marcel, tenancier d’un bazar en vente de fermeture. Devant subir une opération à la gencive, ce dernier doit se procurer la somme de 15 000 dollars. Afin de mettre la main sur ce pécule, ce dernier répondra à l’avis de recherche d’un homme disparu afin de toucher la récompense.

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L’idée de départ de Continental, un film sans fusil est excellente. Partant du principe de la danse qui porte le même nom, ce dernier propose une analogie forte de sens en dressant un parallèle avec notre société individualiste. « Un continental, en Amérique du Nord, qualifie ce qu’on appelle une danse en ligne, soit une danse de groupe où chacun évolue seul de son côté. Les gens se frôlent sans entrer en contact réellement, tout en sachant que les autres ne sont pas loin. » Se défendant de faire un film sur la solitude, Lafleur prétend plutôt s’intéresser aux liens qui interviennent entre les personnages et qui les poussent à interagir les uns par rapport aux autres. Cependant, ces liens sont si minces et fragiles qu’il est difficile pour le spectateur de s’y intéresser. Même s’il est dommage de l’admettre, ce détail fait en sorte que l’objectif de Lafleur rate la cible et donne une impression de dérive à son projet.

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Malheureusement, la faiblesse du scénario de Continental vient jeter une ombre à ce projet qui comporte bon nombre d’aspects très intéressants. En effet, la réalisation de Lafleur dépeint le quotidien d’une manière fort à propos en magnifiant tous ces « sons du quotidien ». Que se soit par le ronron du réfrigérateur, par le bruit des enfants du voisin d’en haut qui jouent au camion ou par le bruit que font les voitures à l’extérieur, Lafleur accorde une grande importance à tout ce qui fait réellement partie de la vie et les fait agir à titre de trame sonore. Cette utilisation astucieuse de ces sons, ajoutée à des plans larges et épurés où se perdent les personnages, renforce le propos tout en accentuant le sentiment de solitude ressenti par nos quatre tristounets protagonistes.

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Marcel (Gilbert Sicotte)

À cette réalisation originale s’ajoute une direction d’acteurs hors du commun. Fanny Malette est parfaite en jeune fille timide qui a du mal à composer avec la solitude. Réal Bossé est efficace en père de famille loin de siens qui se questionne sur la tournure qu’a pris son existence. Marie-Ginette Guay est une véritable révélation dans le rôle de la femme esseulée qui ne sait plus à quel sait se vouer maintenant qu’elle a perdu son compagnon de vie. D’une justesse et d’une subtilité à faire pâlir les plus grands de la colonie artistique québécoise, nous ne pouvons faire autrement que de l’espérer dans de nombreuses autres productions. Si tous les regards se dirigent vers l’éblouissante performance de M. Guay, notre coup de cœur va sans l’ombre d’un doute à un Gilbert Sicotte qui, pour la première fois, se prête à l’incarnation d’un personnage fragile et démuni. Parfait dans ce rôle d’un quinquagénaire dépassé par les évènements, chacune des scènes auxquelles il participe est un véritable arrache cœur.

Faisant bonne figure dans divers festivals et bénéficiant d’un chaleureux accueil par la critique, il semble difficile d’expliquer l’enthousiasme que suscite Continental, un film sans fusil. Si certains médias lui prédisent un brillant avenir et lui attribuent le titre de digne représentant du cinéma de la relève, nous ne pouvons faire autrement que de nous questionner sur un point. Si un film est bien réalisé, que le jeu des comédiens est impeccable, qu’on y retrouve une multitude d’aspects tout aussi intéressants que surprenants, mais que l’histoire est si ennuyeuse qu’elle donne envie de se loger une balle entre les deux yeux, devons nous faire comme si de rien n’était à cause qu’il vient de chez nous ? Le succès critique que remporte Continental a quelque chose de mystérieux, donnant l’impression qu’il y a un gros éléphant rose au milieu la salle, mais qu’on ne peut en parler. Soyons sérieux ; ce film n’a pas l’étoffe d’un futur Invasions barbares ou de La face cachée de la lune. Lafleur a donc encore des croûtes à manger avant de jouer dans la cour des grands. Cependant, il serait absurde de ne pas reconnaître à ce jeune réalisateur les qualités évidentes qu’il démontre. Assurément, dans quelques années, ce dernier saura nous épater. D’ici là, croisons-nous les doigts pour que son prochain projet soit un peu plus dynamique.

vendredi 9 novembre 2007, par Patricia Roy

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