Tel qu’annoncé plus tôt cette semaine, samedi a été une journée bien remplie pour les amateurs montréalais de bédés . Comme je ne recule devant rien pour pouvoir afficher mes mots sur ce site, je suis allé au Comicon ET au Expozine, juste pour avoir la chance de vous faire part de mes impressions.
D’abord, le Comicon. Je croyais que j’allais me ramasser au milieu de gens habillés en Klingons, qui allaient s’obstiner sur des questions d’actualité brûlantes (comme qui est le meilleur dessinateur de Daredevil des années 80 et qui est le pire ennemi de Spider-Woman) et fouiller inlassablement les piles de comics à la recherche de numéros manquants à leur collection. Sans être exactement déçu, j’ai rapidement constaté que la foule n’était pas composée de beaucoup de fanatiques. Il y avait bien un ou deux emo et quelques personnes un peu louches qui arboraient fièrement leurs chandails de super-héros (ce qui est un faux pas quand on est âgé de plus de 25 ans... à moins d’être une rock star, et je suis convaincu que le type à la calvitie précoce et à la bedaine retentissante n’était pas Joey Ramone). Le comicon était vraiment plus un événement centré sur la business du monde des comics ; plusieurs magasins venus représenter leur établissement étaient débarqués avec leur inventaire de rabais. Je n’ai jamais vu autant de comics à 1$ ou de paperbacks à 50% dans toute ma vie ! À l’autre extrême, il y avait des espèces d’éditions limitées magnifiques à 200 balles et des premiers numéros d’une série à 25$ (pffff...) dans les autres étalages. En prêtant oreille aux conversations, j’ai rapidement compris que le Comicon s’adressait soit aux collectionneurs et leur inévitable liste d’items à acquérir (ils étaient très bien servis par l’événement) ou aux commercants, petits et gros (tant sur le plan physique qu’économique). La présence de certains artistes était presque triste à voir ; ils étaient confinés dans le coin le plus éloigné de l’entrée, comme si on voulait les cacher, et passaient leur temps à parler entre eux, regardant avec avidité et espoir chaque personne qui passait à deux mètres de leur présentoir. Donc, il est intéressant de se présenter au Comicon seulement si on veut mettre la main sur le numéro 472 de Web of Spider-Man ou encore si on veut discuter commerce avec des comparses. L’acheteur occasionnel qui veut se trouver un truc à rabais aura de la sélection, mais ne découvrira pas grand-chose de plus à cet événement. Ce que l’événement a surtout rappelé, c’est que les librairies de BD ne font pas leur argent avec le type d’oeuvres dont je fais les critiques sur ce site : l’industrie du comic book est encore largement dominée par les super-héros, de la même manière qu’une librairie francophone paie ses factures en vendant des Dragonball, des Garfield et des Tintin...
Le Expozine était à des années-lumières du comicon. D’abord, un sous-sol d’église c’est un peu moins prestigieux qu’une salle du Palais des congrès, mais ça a l’air moins fou quand la salle dans le sous-sol d’église est archi-bondée. Ensuite, pas de chandail de Batman en vue : comme le Expozine est la principale vitrine de la scène underground, la foule était plutôt hétéroclite, fait de gens dont l’habillement a été déniché au Village des valeurs et qui, le soir venu, consomment des drogues dont le nom doit être dur à épeler. Beaucoup de tatous, de chiens en laisse et de très belles filles. Dernière différence, majeure celle-là : autant les gens qui se présentaient au Comicon étaient des fans finis de comic-book de super-héros, autant le public du Expozine était composé de gens de milieux divers, allant des fans de musique qui venaient se chercher des posters de concert aux curieux qui voulaient découvrir des petits éditeurs. Et il y en avait ! Quand on parlait de deux cent maisons d’éditions, on ne plaisantait pas ! Il devenait difficile de savoir où placer son argent et compliqué de s’arrêter à un kiosque tellement la circulation rappelait la traversée du pont Jacques-Cartier pendant l’heure de pointe. Parfois, le contraste était un peu violent ; à côté de Drawn and Quarterly, on trouvait un bédéiste (très) amateur qui vendait ses BD autopubliées et produites grâce à un photocopieur pour la modique somme de 50 cents. L’événement ne regroupait pas seulement des éditeurs de BD ; y étaient également représentés des fanzines culturels anglophones, des maisons de disques, des éditeurs de livre vraiment peu connus et des illustrateurs tout acabit. L’endroit idéal pour ramasser des cartes d’affaire et "some free shit". Il était à peu près certain que vous alliez vous faire dédicacer votre achat puisque les artistes étaient presque tous sur place. Comme l’événement en est à sa cinquième édition, les organisateurs pourraient songer à voir plus grand en déménageant leurs kiosques dans une salle plus grande (quoique ce serait très étrange de voir cette foule au palais des congrès) et même de tenir l’événement sur plusieurs jours. Tout le monde en serait content. Je vous recommande fortement de vous y présenter l’an prochain, et amenez des sous parce que vous n’allez pas repartir les mains vides ! Cette journée m’a coûté cher...










