L’enfant chéri du cinéma mexicain frappe de toute la force de son art et nous offre une vision du futur sans équivoque.
Dans 20 ans d’ici, l’espèce humaine ne pourra plus procréer. L’homme est au bord de l’extinction et l’anarchie règne partout. Seul faisceau de lumière dans les ténèbres, le Royaume-Uni, qui a su préserver l’ordre par l’instauration d’un régime fasciste et autoritaire. Theo (Clive Owen), aussi morose que ses compatriotes, navigue dans cette existence en attendant lui aussi de s’éteindre, jusqu’à ce que son ancienne épouse (Julianne Moore) le mette en contact avec un groupe d’anarchistes, les fishes. Il découvrira qu’une de leur membre, Kee (Claire-Hope Ashitey), porte un enfant, la première femme à tomber enceinte depuis plus de 18 ans. Retrouvant un sens à son existence et un possible salut pour l’espèce humaine, Theo mettra tout en œuvre pour permettre à l’enfant de naître. Avec l’aide de son ami Jasper (Michael Caine), un ancien caricaturiste politique mis à l’index par le système, il cherche à mener la jeune mère au Human Project, un rassemblement de scientifiques qui tentent de trouver une solution à l’infertilité des hommes.

Adapté du roman d’anticipation de P.D. James, Children of Men résonne comme une ode triste sur l’état de notre monde. Theo résume cette idée en quelques mots : « Even if they discovered the cure for infertility, doesn’t matter. Too late, world went to shit. You know what ? It was too late before the infertility thing even happened, for fuck’s sake. » La maladie n’a servi que de catalyseur. L’univers présenté est gris et morne, les personnages abattus et sans espoir. Theo n’est pas différent, il n’est d’aucune façon extraordinaire. Il est uniquement mis dans une situation qui le force à reprendre espoir. Quand il demande à son cousin, un artiste cossu, comment il arrive à continuer son art puisque d’ici 100 ans, plus personne ne pourra l’admirer, celui-ci répond nonchalamment, en avalant un antidépresseur fourni par l’État : « I just don’t think about it. » Ce que Theo est visiblement incapable de faire.

Cuarón (Y tu mamá también et Harry Potter and the Prisoner of Azkaban) nous présente une œuvre complète et puissante avec un contrôle impressionnant. Il manie la syntaxe filmique avec doigté et sait marier narration et photographie avec subtilité. Les détails de l’histoire nous sont dévoilés moins par la bouche des personnages que par les indices placés ici et là dans leur environnement. La fluidité de la narration n’est jamais embarrassée par la composition visuelle chargée et le tout coule de source, sans heurt, dans une harmonie affective étonnante. Les mécanismes narratifs cliquettent au son du métronome tellement le rythme est soutenu et maîtrisé.
Clive Owen (qu’on ne peut manquer d’imaginer en parfait James Bond) offre une solide performance, stoïque, mais sensible. Michael Caine rafraîchit par son jeu adolescent qui tranche avec le sérieux du récit, mais sans jamais détonner. Quant à Julianne Moore, elle conjugue dureté et sensibilité avec assurance et apparaît toujours aussi distinguée, sérieuse et féminine.

La caméra de Cuarón est nerveuse, brusque et vivante, à l’image du monde qu’il dépeint. Il nous sert quelques plans filmés en continu (plans séquences) d’une complexité et d’une fluidité à faire pâlir de jalousie le tape-à-l’oeil Brian De Palma. Cuarón ira même jusqu’à réinventer la scène de poursuite en voiture.
Children of Men, c’est de l’art narratif brut, cru et sans prétention. Le propos est dur et froid, mais vrai et vivant. Un chef-d’œuvre toutes catégories.











