Cheech

Déprime des fêtes

Avec ce premier long-métrage, Patrice Sauvé s’inscrit clairement comme un des grands réalisateurs québécois du moment. La transposition de la pièce de théâtre Cheech sur grand écran est une réussite sur presque tous les points, et je ne m’explique pas encore sa très froide réception.

Un film de Patrice Sauvé, avec Patrice Robitaille, Anick Lemay, François Létourneau, Maxime Denommée, Fanny Mallette, Maxim Gaudette, Gilles Renaud et Normand D’amour. Québec, 2006, 104 min.

Avec ce premier long-métrage, Patrice Sauvé s’inscrit clairement comme un des grands réalisateurs québécois du moment. La transposition de la pièce de théâtre Cheech sur grand écran est une réussite sur presque tous les points, et je ne m’explique pas encore sa très froide réception.

À la tête d’une agence d’escorte de second ordre, Ron arrive au bureau, un matin du temps des fêtes, pour découvrir que son book (l’album de photos des prostituées disponibles à la clientèle) a été volé, alors qu’il doit justement le présenter à un gros client le soir même. Soupçonnant Cheech, le tenancier d’une prestigieuse agence rivale, Ron et son équipe s’affairent à remonter un book en catastrophe pour ne pas rater cette chance unique de passer dans les ligues majeures. On nous présente une galerie de personnages tous aussi déprimés les uns que les autres. En plus de Ron, on retrouve le yuppie taciturne (Maxim Gaudette), la call-girl hypocrite (Anick Lemay), l’amoureux maladroit (Maxime Denommée), la pute suicidaire (Fanny Mallette) et le nouveau client nerveux (François Létourneau). Leurs histoires s’enchevêtrent continuellement de délicieuse façon et nous découvrons toujours de nouveaux liens entre eux, jusqu’à la toute fin, où tout le monde abat son jeu.

Cheech n’est pas pour les mauviettes. Je m’explique ; si vous voulez aller voir un film dans lequel tout est facile, tout est mâché pour vous, tout se résout heureusement et qui vous confortera dans votre bonheur fragile, ce film n’est pas pour vous. Et heureusement d’ailleurs, parce que ça rend le ton extrêmement rafraîchissant et diamétralement différent des navets perpétuels à la Bon Cop, Bad Cop, qui pullulent sur nos écrans.

Le récit est bien tissé, les dialogues sont savoureux, le jeu est impeccable et la réalisation extrêmement efficace. Patrice Sauvé (La Vie, la vie, Grande Ourse) passe du petit au grand écran en ne perdant rien de sa sensibilité aux personnages ni de sa maîtrise exceptionnelle de la caméra. La direction photo léchée d’Yves Bélanger aide aussi énormément à créer l’ambiance par ses clairs-obscurs baroques (on se croirait presque dans Batman Returns à certains moments). La musique de Normand Corbeil, omniprésente, renforce néanmoins le propos.

Cheech est un polar dépressif aux touches d’humour pathétique bien dosées. C’est un thriller absurde qui ne laisse jamais les personnages au second plan, et c’est tant mieux d’ailleurs, car ils sont tous campés de façon magistrale. Malgré un niveau de jeu impressionnant, quelques choix de casting me semblent douteux. Je ne suis pas certain de Patrice Robitaille pour incarner le personnage principal, un rôle exigeant peut-être trop de subtilité pour ce comédien habitué aux caricatures, pas plus que de Fanny Mallette en prostitué. Mallette rend avec aisance la déprime du personnage, mais sans dégager l’assurance ou le sex-appeal que ce rôle commanderait. Il lui manque une vulnérabilité qui nous la ferait prendre en affection, plutôt qu’en pitié. Cependant, Anick Lemay resplendit littéralement à l’écran, par sa présence forte et la finesse de son jeu, ce qui nous change de ses insupportables annonces d’Uniprix, qui s’enfoncent toujours de plus en plus dans le mauvais goût.

jeudi 16 novembre 2006, par Charles-Louis Thibault

P.-S.

Si vous avez aimez ce film, procurez-vous Québec-Montréal ou L’horloge biologique...

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