Malgré sa belle gueule et son cul ferme, le nouveau James Bond ne séduit pas. On nous avait promis une mise à jour plus actuelle de l’interminable franchise, mais il ne s’agit finalement que d’une version 1.1 renfermant encore de nombreux bogues.
On retrouve un jeune et imberbe James Bond à ses tous débuts, juste avant d’obtenir son permis de tuer et son matricule double zéro. Il est froid, brutal et abat sans broncher, dans une scène en noir et blanc à gros grains, le méchant-à-accent de service. Le récit se déroule ensuite sans trop de logique entre Madagascar, Londres, Nassau, Miami, le Montenegro et Venise alors que Bond poursuit des terroristes dans de folles poursuites tout droit sorties de Crouching Tiger, Hidden Dragon. Il empêche un attentat contre un prototype d’avion, privant du même coup le très méchant Le Chiffre (Mads Mikkelsen), le banquier des terroristes qui saigne de l’oeil, de 120 millions qui ne lui appartenaient pas. Le Chiffre organise alors une grosse partie de poker au Casino Royale pour récupérer ses précieux billets et rembourser le très très méchant chef de guerre africain qui n’entend pas à rire avec sa machette. Mais James Bond est, vous vous en douterez, un très bon joueur de cartes et est envoyé par le gouvernement britannique avec, en poche, 10 millions, un égo considérable et une Bond Girl jouée par Eva Green pour contrecarrer les plans du Chiffre. Et ainsi de suite, jusqu’à la fin du film, 2 heures et 24 minutes bien comptées, plus tard.

- James Bond (Daniel Craig) et son torse glabre
La recherche n’a pas été facile, mais après avoir cavalièrement remercié Pierce Brosnan de ses services secrets de sa majesté, les producteurs de Casino Royale ont jeté leur dévolu sur l’acteur britannique Daniel Craig pour incarner le plus connu des agents secrets. Ils auraient pu faire mieux. Bien qu’il possède un charme indéniable, Craig ne dégage pas l’assurance ni la grâce de James Bond. Avec ses traits grossiers de débardeur, il fait davantage penser à un bagarreur de ruelles qu’à un agent secret séducteur. Même déguisé d’un smoking, il n’a pas la crédibilité de l’emploi ; au mieux, c’est un magicien du Ceasar’s Palace, mais certainement pas 007.
Ce qui déçoit le plus de ce 21e Bond, c’est le manque de surprise. Je suis prêt à concéder quelques points aux traditionalistes puritains, mais quand on prétend remettre au goût du jour un icône comme James Bond, il ne faut pas y aller à coups de demi-mesures et de dos de cuiller. Avec un scénario travaillé par Paul Haggis (Crash), on s’attendait à quelques fissures dans le moule ultra conventionnel de l’agent secret, mais non, rien. À de nombreuses reprises, je m’inventais des surprises narratives (un méchant homosexuel, un héros qui fléchit sous la torture, etc.), mais à chaque fois, c’est la déception. Le moule est intact, malgré le nouveau look plus féroce de James.

- Le Chiffre (Mads Mikkelsen) et son sourire fendant
La réalisation de Campbell, qui nous avait déjà pondu l’excellent GoldenEye en 1995, est efficace et sobre. J’aurais personnellement préféré moins d’establishing shots et de product placements, mais les prérogatives de la production à gros budget étant ce qu’elles sont, elles accouchent d’un (très) long-métrage qui fait figure de bâtard, à mi-chemin entre une pub d’Aston-Martin et un film de tourisme-Monténégro.
Ceci étant dit, Casino Royale demeure un film d’action solide qui réconfortera sans doute tous les fans du genre (ils pourront rouler à vive allure en rentrant dans leurs banlieues tranquilles en fredonnant le thème musical de James Bond tout en s’imaginant en train de faire du necking avec Eva Green). J’en demande sûrement trop en voulant changer une recette qui fonctionne bien depuis 40 ans. Après tout, une vodka martini, c’est une vodka martini, même quand on est rendu à son 21e verre.











