La populaire gamme de poupées prend vie pour nous rappeler que le respect c’est important. Résultat : jouer avec des Barbies n’aura jamais semblé aussi tentant.
Quatre amies d’enfance se retrouvent séparées à leur arrivée au secondaire, où chacune est placée de façon systématique dans une clique de ses semblables ; la nerd avec les nerds, la chearleader avec les chearleaders, etc. Après deux ans d’éloignement, elles aboutissent en retenue ensemble et décident de combattre ce système de caste, régenté d’une main de fer par la présidente de l’école, Meredith, qui ne voit pas d’un très bon œil que son autorité soit ainsi remise en question. Mais les Bratz n’ont pas l’intention de se laisser impressionner et en participant au spectacle amateur annuel, elles espèrent bien redonner espoir aux autres élèves.
Qu’on les appelle les chicas, les filles, les poupées ou tout simplement les quatre grosses connes qui bougent sur l’écran, les Bratz n’ont rien à offrir de mieux qu’un parallèle débile entre la vie en prison et le secondaire. Sean McNamara (3 Ninjas : High Noon at Mega Mountain) n’accouche pas tant d’un film que d’une longue pub qui se veut cool et « branchouillée », mais dont l’encartage effronté d’expressions, de gadgets et de pop stars du moment (MySpace, MTV, Britney, etc.) ne laisse qu’un arrière-goût amer dans la bouche et la plus pure désolation intellectuelle dans l’esprit. Les musiques pop ordinaires qui démarrent aux quatre secondes pour marquer chaque changement d’émotion donnent l’impression de faire une embolie devant le Top5 de MusiquePlus sans avoir la chance de changer de chaîne.

- Les Bratz : Sasha (Logan Browning), Jade (Janel Parrish), Yasmin (Nathalia Ramos) et Cloe (Skyler Shaye).
Incarnée par des fifilles sorties de nulle part, sans l’ombre d’un quelconque talent ou d’une parcelle de présence (spécialement la blondasse à l’œil et la dentition de bovin), les quatre Bratz se parent de la même personnalité anémique que les Spice Girls et font preuve d’une impressionnante superficialité. Épaulées par une galerie de personnages secondaires insipides (le petit frère faux tombeur interprété par un faux comédien est particulièrement insupportable), elles ne demeurent que des archétypes ultra-usés, pêchés dans un vidéo-clip de hip-hop, qui beuglent des énormités moralistes comme « l’amitié c’est important » et « tout le monde est différent ». La nativité de l’église St-Charles-Boromée à Noël dernier, par une troupe de pré-adolescents sourds et muets, nous offrait un jeu plus nuancé que ces prestations lamentables.
Un scénario bidouillé autour d’une ligne de poupées anorexiques et d’un collier best-friends, ça ne peut pas donner du Bergman (Dieu ait son âme), mais ce n’est pas obligé de nous saper l’envie de respirer non plus. Avec une série de thématiques copiées texto à partir de l’index d’un vieux manuel de FPS d’avant la réforme, Bratz nous rappelle à quel point le fond du baril n’est jamais aussi loin que l’on pense. L’esthétique, d’une pauvreté insondable, plagie sans gêne celle (déjà limite) de Legally Blonde, dans une orgie de roses, de dorures et de froufrous qui écoeure l’œil, un peu comme une indigestion de barbe à papa à La Ronde, mais sans la possibilité de se faire vomir pour mettre fin au calvaire.

- Meredith (Chelsea Staub) et ses accolytes sans nom.
Le film se conclut dans une finale qui ressemble à un vidéo éducatif sur le respect réalisé en ’95 par le Ministère de la Famille, avec toute la subtilité que ça implique. Les problématiques se résolvent inévitablement en queue de poisson avec une poignée de bons sentiments qu’on nous garroche au visage comme si c’était du Fellini, avec la trame musicale à la Nino Rota et le beauty shot sur les parents attendris. On en pleurerait presque si on ne s’était pas déjà crevé les yeux depuis longtemps (pour être exact ; depuis qu’on a vu Jon Voight se trémousser façon Madonna dans le vidéo-clip de Human Nature).
Bratz : The Movie n’est, en définitive, qu’un assemblage maladroit et sans âme de vignettes de mode qui donne l’impression de feuilleter une circulaire de Zellers ; même s’il se trouvait un morceau intéressant dans la masse, il serait noyé dans une montagne de cochonneries sans nom. Avec toute la bonne volonté du monde, et même en se mettant dans la peau d’une adolescente de 15 ans en mal d’idoles, il est impossible de ne pas s’en foutre complètement. La meilleure idée de toute cette entreprise demeure sans doute d’avoir masqué les traits de Jon Voight sous une prothèse grotesque qui lui donne des airs d’Elmer Fudd attardé ; de cette façon, les dommages à sa crédibilité d’acteur, déjà mise à rude épreuve par une succession de navets ignobles, resteront minimaux.











