Très en vue dans la communauté artistique gaie américaine, Allan Brocka nous offre, pour son deuxième long métrage, l’adaptation d’un roman ayant fait fureur dans ce milieu, celui de Matthew Rettenmund intitulé Boy Culture. Prenant la forme de confessions prononcées de la part de X, un jeune prostitué au passé obscur, le film nous plonge dans l’univers de ce dernier en nous faisant remonter les méandres de ses infortunes amoureuses. Mais, confidences pour confidences, je dois vous avouer un truc ; à ma sortie du visionnement de Boy Culture, je me suis vue investie d’un drôle de sentiment qui, Dieu m’en garde, m’a fait filer cheap. Mais chaque chose en son temps ; parlons d’abord du film.
X est une des escortes les plus convoitées de la ville. Dégradant, ce métier ? Pas selon X qui apprécie grandement le niveau de vie que lui confère sa profession. De plus, nul besoin de s’impliquer émotivement avec qui que ce soit. On tire un petit coup, on prend l’argent, et voilà ! Toutefois, il y a contradiction dans le discours de X. Cet éternel célibataire qui redoute l’engagement comme la peste se consume d’amour pour son colocataire, Andrew. Ne sachant quelle attitude employer par rapport à l’élu de son cœur, X se voit guidé dans sa démarche par un nouveau client, Gregory. Aussi charismatique qu’excentrique, Gregory se paie les services de X mais refuse de commettre l’acte sexuel avec lui tant que ce dernier n’éprouvera pas de véritable désir à son endroit. Jusqu’à ce que le désir se fraye un chemin dans le cœur dur de X, les deux hommes discutent et apprennent à se connaître. Toutes ces confrontations et remises en questions auront bien évidemment l’effet de pousser X à entrevoir l’engagement d’un autre oeil et lui permettront, on l’espère, de se lancer avec Andrew.

Sans être experte des films se penchant sur la réalité gaie, j’ai été surprise de constater la manière dont s’y est pris Brocka pour contourner certains stéréotypes de la figure homosexuelle habituelle (dans les films, j’entends). Un protagoniste ultra viril et sexy, des personnages qui nous parlent d’amour sans toujours tout ramener à l’homosexualité, d’autres exubérants sans être caricaturaux (à l’exception du personnage de Joey, le troisième coloc, mais coudon..). Tous ces éléments font en sorte qu’il est aisé de cibler l’objectif de Brocka : « Cessons de parler d’homosexualité, parlons plutôt d’amour ». Las d’être confronté aux mêmes types d’œuvres lorsque ces dernières traitent d’amour entre deux hommes, le réalisateur déplore le fait que les films gais soient un copié/collé du modèle hétéro où l’on ne fait que substituer le rôle de la femme par celui d’un homme. « Boy Culture est un film de gars. » de clamer Brocka quand vient le moment défendre son film. Mais pouvons-nous prétendre que le réalisateur a véritablement su s’écarter des sentiers battus ? Laissez-moi en douter.

Ce qui m’a agacée de Boy Culture, c’est d’avoir senti de façon aussi évidente la scission entre la culture hétérosexuelle et homosexuelle au cinéma. Si la constitution des personnages semblait éviter certains stéréotypes, la réalisation, elle, nous les a tous ramenés (des colocs qui s’espionnent en prenant leur douche et qui se branlent en cachette, des ralentis pour démontrer la montée du désir, etc.). M’étant renseignée préalablement sur la petite histoire de Boy Culture, je m’attendais à quelque chose de diablement bon vu le nombre de prix gagnés en festivals ainsi que la pluie de commentaires élogieux le concernant. Sceptique à ma sortie de la salle, j’ai consulté à nouveau mes sources pour réaliser que tous ces prix et critiques provenaient de festivals ainsi que de la presse gaie. La question qu’il faut se pauser est donc la suivante ; faut-il changer ses critères d’appréciations lorsque l’on se trouve en présence d’une œuvre en provenance du milieu gai ? Doit-on crier au génie lorsqu’un réalisateur gai imite le travail de Danny Boyle avec Transpotting en l’appliquant à la réalité homosexuelle ? Interdite quant au succès fulgurant qu’a obtenu ce film dans le milieu dont il est issu, j’en suis venue à douter qu’il soit possible de prendre connaissance de critiques objectives de ce genre d’oeuvres sans retomber dans ce sempiternel discours du courage démontré par ces gais qui prennent la parole. Courage ; oui, je veux bien, mais il faut viser un peu plus haut. C’est donc dans la crainte de me faire traiter d’homophobe ou encore de recevoir une brique par la tête que je me prononce pour tous ceux qui n’ont pas oser le faire. Non, le film Querelle de Fassbinder n’était pas bon ; il ne représentait qu’un répertoire de tous les fantasmes homosexuels les plus clichés sur un décor en carton. Non, Fireworks de Kenneth Anger n’est pas un bon film ; il ne constitue en fait que le travail d’un jeune cinéaste de 18 ans qui, dans un désir de choquer le tout-Hollywood des années 50, a fait un film cochon dans la maison de ses parents (partis en voyage) où lui et ses copains se sont envoyé des tasses de lait en pleine poire afin de simuler une éjaculation au visage. Et enfin, non, le film de Brocka ne réinvente rien dans la manière de traiter de l’homosexualité au cinéma. Bien qu’il présente des personnages intéressants, il n’a fait en majeure partie que les revêtir de manteaux de cuir et les dégager du rôle de persécutés. Il faut arrêter de confondre les termes « choquant » et « pertinent ». Ouf ! Ça fait du bien !

Après cette petite montée de lait qui résume mon agacement par rapport à l’attitude des critiques trop mauviettes pour se prononcer sur la qualité de certains films, j’en reviens au sujet de cet article ; Boy Culture (vous vous souvenez ?). Comportant bon nombre de qualités, le projet de Brocka a ceci d’intéressant qu’il tente de singulariser la réalité gaie (en ne la confondant pas avec celle hétéro), tout en lui donnant une esthétique populaire. Reposant sur une noble cause, le projet tombe toutefois à plat en nous servant du réchauffé à saveur homosexuelle. Mais Boy Culture comporte assez de points positifs pour se classer dans la catégorie « à voir pour l’effort, mais loin d’être la fin du monde si vous manquez votre chance ».











