Bobby

Ou comment ruiner un bon projet

L’assassinat de Robert Francis Kennedy confié à un homme et six syllables : E-mi-lio Es-te-vez.
Une déconfiture qui n’aura surpris personne...

Écrit et réalisé par Emilio Estevez, avec Heather Graham, Helen Hunt, Lindsey Lohan, Demi Moore, Sharon Stone, Harry Belafonte, Nick Cannon, Emilio Estevez, Lawrence Fishburne, Anthony Hopkins, Ashton Kutcher, William H. Macy, Freddy Rodriguez, Martin Sheen, Christian Slater et Elijah Wood. Drame historique, É.-U., 2006, 120 min.

1968, une sombre année pour la paix dans le monde. La guerre sévit au Viêt Nam. Martin Luther-King est assassiné. Le racisme ne cesse d’accroître le taux de criminalité aux États-Unis. Cuba, communiste, possède des missiles nuisibles à la quiétude de la population.

Le 5 juin 1968 à l’hôtel Ambassador de Los Angeles, le sénateur états-unien Robert Francis Kennedy (frère de John F, Kennedy) a pourtant le vent dans les voiles dans la course à la présidence du parti démocrate. Les votes entrent de façon favorable, il mène par une bonne longueur d’avance sur son plus proche rival Eugene McCarthy. À peine annonce-t-il qu’il vient de remporter la Californie, lui assurant sensiblement la victoire, Bobby Kennedy prend un bain de foule et traverse les cuisines du désormais célèbre hôtel où il se retrouve nez à nez devant Sirhan Sirhan, jeune palestinien armé d’un révolver qu’il décharge sur le sénateur, blessant et tuant par la même occasion d’autres personnes dans la foule.

Bien que le film porte sur l’assassinat de Robert F. Kennedy, les personnages principaux sont quelques clients et membres du personnel de l’Ambassador qui étaient présents en ce jour tristement célèbre. On devine que l’intention du réalisateur Emilio Estevez est de démontrer comment cet événement aura modifié le cours de l’existence de ces témoins. Comment des personnes peuvent changer en une seule journée. Estevez s’inspire de cas réels pour créer ses personnages et extrapole ingénieusement un quotidien pour la plupart d’entre eux. La recherche documentaire est d’ailleurs fort impressionnante. Malheureusement, l’impact de l’assassinat ne semble que figer les regards et les visages de ces témoins, sans vraiment mettre l’emphase sur les réactions et le futur de ces personnes.

Parlons des personnages... Chacun d’entre eux est intéressant, je ne dirais pas qu’ils sont trop nombreux malgré ma crainte en prenant connaissance de la liste d’acteurs réputés. Tous sont excellents, tous jouent avec justesse des petits rôles sensiblement anodins. Et c’est d’ailleurs ce qui sauve le film. Je m’explique. Dans le making-of, Demi Moore exprime sa satisfaction face à la liberté de jeu que laissait Estevez durant le tournage. Je serais plutôt porté à penser que c’est le manque d’expérience ou de jugement qui a poussé le réalisateur à s’entourer d’acteurs fiables. Ça lui fait moins de travail, moins de choses à penser. Je me trompe peut-être, remarquez. J’ai malheureusement beaucoup de préjugés négatifs quant au travail d’Emilio Estevez.

Lawrence Fishburne (Hoodlum, The Matrix) et Freddy Rodriguez (Planet Terror (I, II)) offrent des performances franchement remarquables, alors que les autres proposent un jeu juste et sans faute.

Si l’idée est géniale et le concept prometteur, on reste froid suite à l’écoute de Bobby. J’espérais beaucoup plus de ce projet, qui est l’oeuvre que le réalisateur « prépare depuis sa naissance », selon ses dires dans les suppléments. Peut-être que les producteurs auraient dû se fier à leur bon jugement, ils ont mis cinq ans avant de lui accorder les sommes nécessaires au tournage.

Selon moi, il aurait été préférable qu’ils achètent le scénario pour le confier à un réalisateur plus talentueux. Pour l’amour de l’art, et surtout pour ne pas ruiner une si bonne idée. Dommage.

dimanche 15 avril 2007, par François Gélinas

P.-S.


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