(Bon, je me suis un peu trop laissé aller dans le champ lexical de la couture, je vous promets que je ne vous assènerai plus une seule figure de style de ce genre d’ici à la fin de la critique)
Thompson, jeune bédéiste américain de la relève, a créé l’œuvre de sa vie en 3 ans. Le résultat est un imposant roman graphique de quelques 600 pages dans lequel il retrace la relation avec son frère et sa famille ultra-catholique au cours de son enfance, la rencontre de sa première flamme et l’ambivalence qu’il entretient avec Dieu, le tout campé dans un décor hivernal représenté avec un brio et une variété hallucinante.
Blankets se lit tout seul : l’écriture simple et dépouillée offre de beaux moments mais n’impose jamais des formulations lourdes et le dessin, dans une esthétique du trait grossier mais toujours fluide, est toujours plaisant à regarder. Il me faut insister sur la beauté graphique de l’œuvre : Thompson peut à la fois nous livrer des images réalistes et détaillées comme il peut, quelques cases plus loin, laisser exploser son imaginaire en multipliant les symboles et les métaphores visuelles. On veut lire la suite mais on ne peut s’empêcher de s’attarder à certains passages.

L’autre immense qualité de l’œuvre est de traiter de sujets très personnels sans jamais sombrer dans un sentimentalisme exacerbé. Bien que son histoire soit très touchante, triste par moments et empreinte d’une certaine mélancolie, Thompson semble avoir pris le pari de ne pas multiplier les affects émotifs, optant plutôt pour une candeur et une sincérité qui fonctionne à merveille.
Autre détail à souligner : Thompson a fait preuve d’une certaine créativité dans l’emploi de certaines trouvailles de présentation visuelle. Une des pages présente une couverture en courtepointe que Raina, la copine de Craig, a tricotée à son amoureux, et chacune des cases de la courtepointe devient une case de la page. La neige est souvent employée comme élément graphique déterminant plutôt que comme élément de décor. Les cases sont parfois intégrées dans un fondu visuel qui rappelle plus une technique de cinéma que de BD. Ces idées sont employées avec une certaine régularité sans toutefois être si présentes qu’on est gavé.

On sort de cette lecture avec une boule dans la gorge mais un sourire aux lèvres. Le roman graphique fait réfléchir par moments, fascine souvent par sa beauté et émeut du début à la fin. Comme le récit est limpide et franc, une relecture ne permettrait pas d’en approfondir la compréhension, mais on ne peut s’empêcher de le faire, simplement pour le plaisir de retrouver cette sensation de chaleur humaine qu’on retrouve seulement quand on est bien au chaud dans une couverture confortable (désolé, je ne pouvais plus me retenir !).











