Black Book

Oskar Schindler peut bien aller se déshabiller

Le réalisateur lubrique retourne dans son pays natal et nous raconte l’holocauste à sa façon ; avec des seins nus.

Un film de Paul Verhoeven, avec Carice van Houten, Sebastian Koch, Thom Hoffman et Halina Reijn. Pays-Bas / Belgique / Royaume-Uni / Allemagne, 2006, 135 min. (Traduction du néerlandais ; Zwartboek / En français ; Le carnet noir)


Le réalisateur lubrique retourne dans son pays natal et nous raconte l’holocauste à sa façon ; avec des seins nus.

Premier film tourné en néerlandais depuis 24 ans par Paul Verhoeven, Black Book nous présente Rachel Steinn, une chanteuse de cabaret juive qui se cache des nazis pendant l’occupation des Pays-Bas. Vers la fin de la guerre, après que sa famille se soit fait massacrer alors qu’ils tentaient de fuir vers la Belgique par bateau, elle se retrouve à La Haye parmi un groupe de résistants avec la ferme intention de venger ses parents. Elle utilisera ses charmes et ses talents de chanteuse pour infiltrer les bureaux des SS et séduire l’officier allemand en charge, Ludwig Müntze, dont elle tombera peu à peu amoureuse.

Carice van Houten

Avec Black Book, Verhoeven nous propose un film plus adulte et plus sérieux tout en conservant ce petit côté adolescent obsédé qui a fait sa renommée. Après les RoboCop, Total Recall, Basic Instinct et Starship Troopers, il faut admettre que le réalisateur hollandais pouvait tomber facilement dans le remâché, pour ne pas dire carrément dans le mauvais goût (Showgirls). Rappelant davantage ses premiers films comme Soldier of Orange, ce retour aux sources, géographique et thématique, est une bouffée d’air frais providentielle dans sa carrière qui allait, il faut en convenir, nulle part (Hollow Man).

L’histoire de Black Book se découpe néanmoins de façon très inégale. Chaque section ne semble qu’une introduction pour la suivante, qui à son tour se révèle n’être qu’une nouvelle introduction. Le coeur de la narration semble se trouver dans le segment où Rachel (Carice van Houten) infiltre les bureaux des SS, mais même quand cette intrigue se résout complètement, il reste encore un inexplicable 25 minutes de pellicule à projeter. On s’étonnera d’ailleurs de n’entendre parler du fameux carnet noir, dont le film tire son titre, que dans cette dernière séquence.

Les penchants salaces du réalisateur transparaissent nettement à quelques occasions, ce qui donne parfois des scènes frôlant le grotesque, détonnant avec le ton sérieux de la trame principale. (Il ne pouvait y avoir que Paul Verhoeven pour nous présenter une jeune fille qui se teint les poils pubiens en « full frontal » dans un drame sur la Seconde Guerre mondiale.) L’évolution du récit repose presque exclusivement sur des concours de circonstances et chaque élément perturbateur intervient fortuitement de manière trop pratique. Heureusement, le scénario, concocté sur une période de 20 ans par Verhoeven et Gerard Soeteman, nous réserve quelques revirements inattendus, mais il sombre trop souvent dans la facilité pour vraiment nous surprendre.

Carice van Houten et Sebastian Koch

Van Houten, qui tient littéralement le film sur ses épaules, campe avec enthousiasme la jeune femme passionnée et hantée par son désir de vengeance. À tout moment, elle nous mitraille de ses regards de biche apeurée qui feraient fondre le plus endurci des nazis (et ils le font d’ailleurs). Son jeu nuancé oscille constamment, mais avec conviction, entre la fragilité et la détermination. Ses allures de Marlene Dietrich dévergondée lui promettent une belle carrière.

Black Book dénote la personnalité affirmée de Paul Verhoeven ; on y discerne ses talents de technicien minutieux, en même temps que plusieurs inclinations que certains pourraient qualifier de mauvaises habitudes. Le montage sortirait clairement gagnant d’un robuste resserrement, mais il demeure que la production, malgré le sujet peu coloré, respire le divertissement, comme tous les films de Verhoeven d’ailleurs (à l’exception de Showgirls bien sûr, dont on ne dira jamais assez de mal).

jeudi 17 mai 2007, par Charles-Louis Thibault

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