BenX

L’intimidation à l’heure d’internet

Combien faut-il de raisons pour se suicider ?

Écrit, scénarisé et réalisé par Nic Balthazar avec Greg Timmermans, Marijke Pinoy, Titus de Voogdt, Maarten Claeyssens et Laura Verlinden. Belgique, 2007, 93 minutes.

Avec un passage remarqué au dernier Festival de Cannes, en plus d’avoir raflé 3 prix cet été au Festival des Films du Monde de Montréal, dont le film le plus populaire, BenX de Nic Balthazar fait enfin son entrée dans nos salles. Les actions parlent d’elle-même, êtes-vous prêt à agir ?

Ben est quelqu’un de spécial. Bien qu’il ait des notes bien au-dessus de la moyenne à l’école, celui-ci peine à se faire des amis, faute d’aptitude sociale. C’est que Ben souffre d’une légère forme d’autisme, qui, chaque jour, l’oblige à faire face à une foule scolaire hostile à son égard. En particulier, Bogaert et Desmet, deux « bullies », l’humilient cruellement et de façon quasi systématique sous le regard impuissant des professeurs et devant l’indifférence des autres élèves.

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Qui n’a jamais été humilié à l’école ?

La porte de sortie de Ben devient son jeu vidéo préféré : ArchLord. Calqué sur une époque médiévale, ce monde virtuel où évolue son personnage BenX, il en devient presque le maître. BenX ayant atteint le summum du jeu avec son niveau 80, celui-ci n’a plus rien à craindre dans cet univers fictif. Pourtant, quand les humiliations gagnent en cruauté, les évasions dans ArchLord ne suffisent plus et Ben commence à avoir des idées noires. Combien faut-il de raisons pour mettre fin à ses jours ?

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BenX est l’avatar de Ben dans ArchLord

Même s’il s’agit d’une première réalisation cinématographique pour Nic Balthazar, la maîtrise du sujet n’a d’égale que la pertinence du film. Ainsi, avant de produire BenX, Balthazar a lui-même collaboré au passage de son roman en pièce de théâtre du type monologue. Celui-ci semblait donc tout désigné pour planifier l’adaptation de son récit au grand écran. C’est pourquoi la plus grande qualité de la production repose beaucoup sur son propos : non pas sur la victoire du faible sur l’adversité remâchée à la sauce Hollywood, mais bien de l’indifférence du monde face à l’intimidation dans le contexte scolaire.

Très peu de films abordent aussi directement le harcèlement psychologique, et Balthazar actualise le problème à l’ère de nos sociétés technologiques hypermédiatisées. Ainsi, si Ben retrouve BenX avec son ordinateur, c’est avec cet outil qu’il reçoit toujours la même vidéo humiliante, lui rappelant incessamment sa faiblesse. En superposition, le réalisateur intègre aussi des images de synthèse du jeu ArchLord pour accentuer l’autisme du personnage, et l’incapacité de Ben tenir tête à ses bourreaux. Même si BenX est niveau 80, il est incapable de répliquer aux assauts des deux « bullies », d’où la naissance de l’idée du suicide du protagoniste.

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Ben (Greg Timmermans)

Cependant, quelques aspects techniques sont parfois discutables. L’utilisation de la voix « off » de Ben pour la narration aide le récit à se développer, mais semble trop fluide et articulée pour un personnage qui a de la difficulté à s’exprimer. Le choix de l’acteur du rôle principal est aussi quelque peu douteux. Roel Vanderstukken, l’interprète au théâtre, ne pouvant reprendre sa charge étant maintenant trop vieux, Greg Timmermans a été sélectionné. Sa performance reste sans fautes et accentue la situation précaire due à une légère forme d’autisme. Pourtant, celui-ci n’a vraiment pas la tête d’un ado, drôle de substitution. Autrement, le montage épouse parfaitement le rythme nerveux du personnage, avec ses tics et son anxiété quotidienne, en plus de contribuer insidieusement à l’intrigue du film et de la mort de celui-ci.

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Les jeux vidéos ou l’air pur ?

Avec BenX, Balthazar frappe fort, en s’attaquant aux problèmes d’intimidation que génèrent les communications à l’ère d’internet. Après son visionnement, vous n’aurez d’autre choix que de remettre en question votre indifférence.

lundi 14 avril 2008, par François Petitclerc

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