Baghead

Quel visage cache le sac brun ?

Produit avec un micro budget, Baghead, des frères Duplass, nous propose un voyage en forêt avec 4 acteurs en manque de travail. L’ennui sera de courte durée puisqu’une cinquième personne semble s’être invitée.

Chad, Matt, Michelle et Catherine sont des acteurs obscurs, incapables de percer le marché rentable du métier. Pourtant, à la suite du dernier film de Chad, un navet sans borne pourtant acclamé dans un festival, Matt propose l’idée de prendre une pause dans le chalet de son oncle pour écrire un film qui tiendra l’affiche avec les 4 acteurs. Rendus là-bas, certaines tensions font leur entrée. Chad a le béguin pour Michelle, qui elle flirte avec Matt, mieux bâti que son meilleur ami bedonnant. Catherine suit en tant que l’ex de Matt qui ne voudrait pas se faire couper l’herbe sous le pied par une jeune, puisqu’elle a toujours des sentiments pour lui. Essayant d’écrire une histoire d’amour, ils bifurquent de cette idée après un rêve de Michelle dans lequel un homme masqué avec un sac brun l’épiait. L’écriture paraît un peu laborieux dû au manque d’effort, doublé d’une insuffisance créative : l’ennui s’installe. Ils n’auront pas à combattre cet ennui bien longtemps, car le personnage d’épouvante, dont ils imaginent le scénario, semble rôder tout près.

Deuxième film des frères Duplass, Baghead ressemble beaucoup à une mise en abîme de leur propre production. Ainsi, si la prémisse s’accentue sur l’identité de la personne au sac brun, l’exploitation de cette idée manque quelque peu de tonus. Le fil narratif ne soutient pas la production durant 90 minutes, et c’est par à-coup que le spectateur bondit de sa chaise. Les réalisateurs ne réussissent jamais à installer une ambiance propice à l’éclosion d’un bon suspens. Ceux-ci se rabattent donc plutôt sur la surprise et les frontières du champ de vision de la caméra, pour donner un résultat moyen. Ce n’est absolument pas que le film souffre de sa facture sous-financer, mais que les limites de celles-ci sont mal exploitées, surtout à la l’heure où le public est très ouvert à la télé-réalité et au tournage sans trépied.

La direction photo souffre d’une carence artistique et devient très répétitive avec une fixation sur le gros plan. D’autant plus qu’en jouant sur le concept visuel du suspense, limite à celui du film d’horreur, la réalisation basculent le fardeau de la création de la peur et de l’angoisse sur la modeste distribution. Notez aussi que les frères Duplass ont laissé de la place l’improvisation aux acteurs dans certaines scènes. Après visionnement un constat s’impose : de l’improvisation faite par des acteurs moyens donne des scènes moyennes. Aucun personnage n’accroche et les gros plans ne parviennent jamais à transporter quoi que ce soit d’un cadre à l’autre. Voilà tout le problème de cette production au scénario très imaginatif, mais dont la sauce ne prend jamais.

Les frères Duplass manque la cible avec leur film Baghead. Pourtant, si la production n’est pas une leçon d’acting, ni une leçon de cinéma tout court, elle pourrait intéresser ceux qui font, ou veulent faire, du septième art avec un budget endémique.

mardi 5 août 2008, par François Petitclerc

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