Dans la campagne anglaise cossue des années 30, la jeune Briony surprend les avances maladroites et salaces de Robbie, le fils du jardinier, pour sa grande soeur Cecilia. Convaincue de l’immoralité de ses intentions, elle l’incrimine du viol de sa cousine et brise l’idylle naissante entre les deux amoureux. Devenue infirmière pendant la guerre, Briony contemple les répercussions de ses fausses accusations en réalisant qui est le véritable agresseur et cherche le pardon de sa soeur, qui ne lui parle plus, et de Robbie, désormais soldat dans l’armée anglaise déroutée en France.

- Robbie (James McAvoy)
Cette adaptation du roman, apparemment magistral, de Ian McEwan recèle de grandes qualités et confirme Joe Wright (le Pride and Prejudice de 2005) comme l’un des plus talentueux jeune réalisateur de notre époque. L’histoire d’amour tragique de Atonement nous est racontée ici avec une délicatesse d’une remarquable poésie, un raffinement exquis et un traitement visuel extrêmement soyeux.
Le sujet très mélodramatique ne tombe jamais dans le cucu, même s’il frise de près le psychodrame romantique à la Jane Austen. La construction dramatique, suivant le découpage du livre, se divise en quatre parties distinctes et les sauts dans le temps qui en découlent permettent un approfondissement des personnages sans avoir à passer par une progression inutile et laborieuse de leur psychologie. Ces raccourcis fonctionnent à merveille, surprennent, et servent au final à charger le film d’un affect encore plus puissant.
Malgré le contexte daté du récit, la réalisation de Wright ne l’est jamais. Des procédés très modernes ponctuent la narration et insufflent un rythme parfois effréné à une intrigue qui ne l’instigue pas nécessairement. Les avances rapides, le montage au rasoir et autres « fast rewind », directement empruntés du lexique filmique de Guy Ritchie (Lock, Stock and Two Smoking Barrels, Snatch), ne détonnent pas dans ce drame d’époque qui aurait facilement pu devenir langoureux et ennuyant avec un traitement plus académique. Le réalisateur n’abandonne cependant jamais l’émotion au profit de techniques tape-à-l’oeil (contrairement à son compatriote) et le résultat final respire d’une humanité extrêmement sensible avec, à la fois, style et vigueur.

- Cecilia (Keira Knightley)
Les acteurs de se drame se laissent voguer sur une mélancolie apitoyante et un tragique inéluctable qui pourra rebuter les spectateurs les plus revêches, mais qui infuse une cohérence émotive complète à la trame narrative. James McAvoy (The Last King of Scotland) et Keira Knightley (Domino), campent les amoureux malheureux tout en retenue, avec un jeu languissant qui effleure la limite du tolérable, mais qui ne la dépasse jamais. Saoirse Ronan incarne Briony à l’âge de 13 ans avec une vivacité impressionnante pour son premier rôle, alors que Romola Garai (Scoop) l’interprète avec une tristesse abattue à 18 ans. Vanessa Redgrave (Julia) complète le tour du chapeau avec sa Briony vieillissante qui porte dans chaque mouvement, chaque regard et chaque mot, le poids du malheur qu’elle a causé.
L’intérêt principal de Atonement réside dans sa concordance parfaite entre le contenu et la forme ; une histoire sentimentale extrêmement riche, appuyée par un traitement tout à fait à propos. La musique, magistralement enivrante de Dario Marianelli, parachève cette œuvre saisissante qui touche pleinement sa cible.











