À partir des chansons du célèbre quatuor anglais, Julie Taymor construit une simple histoire d’amour se déroulant durant les complexes années ’60.
Jude quitte sa ville natale de Liverpool et traverse l’océan Atlantique à la recherche de son père. Lucy, une étudiante américaine, se résigne à ce que son ami de coeur traverse le Pacifique pour faire la guerre aux communistes vietnamiens. Leurs destins se croisent et leurs coeurs se touchent lorsque Jude se lie d’amitié avec Max, le frère bohémien de Lucy. À ce trio se greffent les colocataires new-yorkais de Max et Jude : Sadie, une chanteuse qui brûle la chandelle par les deux bouts, Jo-Jo un guitariste noir ayant perdu un frère dans les émeutes de Détroit et Prudence une lesbienne qui s’enferme littéralement dans un garde-robe. Chacun cherchera à travers sa démarche artistique, sa consommation de drogue ou son activisme politique des solutions aux problèmes adressés par les révolutions sexuelles et sociales des années 60. Réaliseront-ils à temps que tout ce dont ils ont besoin, c’est de l’amour ?

Julie Taymor s’avère la personne tout indiquée pour mettre en image cette comédie musicale. Sa mise en scène, à cheval entre la théâtralité majestueuse de Titus et l’approche aux accents de surréalisme de Frida correspond parfaitement au spectre des oeuvres de Paul, John, George et Ringo. Par exemple, la séquence d’endoctrinement militaire de Max exploite une chorégraphie spectaculaire et significative ainsi que des images au symbolisme remarquable comme des soldats portant sur leurs épaules la statue de la liberté dans la jungle vietnamienne. Lors des séquences plus psychédéliques, elle emploie des marionnettes géantes similaires à celles qui lui ont valu sa renommée sur Broadway (The Lion King). Mais son plus grand mérite est de de savoir offrir à tous les spectateurs un élément auquel ils peuvent s’accrocher. L’histoire d’amour plaira aux adolescentes, le contexte historique aux baby-boomers et la meneuse de claques asiatique lesbienne à la gent masculine.

Sans surprise, les chansons des Beatles sont réarrangées pour le film et chantées par les acteurs. La plupart des succès repris ne sont heureusement pas massacrés. Même que Let it Be à la sauce gospel, I Wanna Hold Your Hand pleine de douceur et I Want You à la cadence militaire brillent sous leurs nouveaux atours. De plus, les acteurs et actrices possèdent de belles voix et chantent sans fausse note. Voilà un autre miracle de l’ère informatique.

Peut-on reprocher à la cinéaste de clore son film avec un message simplet ? Après tout, la morale qu’elle avance se trouve au coeur de Sergeant Pepper’s Lonely Hearts Club Band... On peut toutefois condamner sa manière d’introduire certains personnages et de les oublier pendant de longues minutes avant de les ressortir lorsqu’ils redeviennent nécessaires (Prudence, le père de Jude). Autre note discordante : l’inclusion de paroles de chansons dans les dialogues se fait parfois maladroitement.
Il serait facile de croire qu’il est impossible de faire une désagréable comédie musicale en employant exclusivement des chansons du Fab Four. Pourtant, comment oublier l’épouvantable version disco de Sergeant Pepper’s Lonely Hearts Club Band servie par les Bee Gees ? Merci Mme Taymor de ne pas souiller comme eux l’oeuvre des Beatles.











