À l’ouest de Pluton

Mon adolescence en mini-DV

Les clichés du film pour adolescent servent de tremplin pour cette œuvre touchante, drôle et impérativement vraie.

Un film de Henry Bernadet et Myriam Verreault, avec Alexis Drolet, David Bouchard, Anne-Sophie Tremblay Lamontagne, Yoann Linteau, Sandra Jacques, Micaël Minguy-Bédard et Denis Marchand. Québec, 2008, 95 min.

À l’occasion d’un party de sous-sol qui dégénère, les existences passives d’un groupe d’adolescents de tout acabit entreront en collision, parfois pour laisser des traces indélébiles sur leurs êtres, et parfois pour ne rien changer du tout.

Se tenant loin des généralités d’usage, À l’ouest de Pluton brosse un portrait presque documentaire de la réalité des jeunes en nous proposant une narration de journal intime, avec toute l’indolence et la vanité que ça implique. Les réalisateurs savent reconstituer avec sincérité le malaise adolescent, sans jamais oublier que les moments les plus quelconques prennent une dimension dramatique insensée à cette époque de la vie. Nul besoin ainsi de dénaturer le propos en le plombant d’une intrigue qui ferait office de fil conducteur (ex. : grossesse accidentelle, avortement, gangs de rue, homosexualité refoulée, tuerie à la polyvalente, et j’en passe), comme c’est souvent le cas pour ce genre de films (Gus Van Sant est particulièrement prompt à tomber dans ce vice). L’absurdité du quotidien et les petites tragédies ordinaires suffisent aux cinéastes pour nous captiver.

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Benoit (Yoann Linteau) explique sa vision du monde à ses comparses

Une question peut néanmoins se poser concernant le processus scénaristique du projet, tellement le jeu des comédiens semble improvisé et que les séquences apparaissent les unes à la suite des autres, comme dans un exercice de scrapbooking. Au bout du compte cependant, l’apparence instantanée participe à l’impact extrêmement puissant que cet enchevêtrement de réalités fictives provoque sur le spectateur. Le manque de trame narrative précise accentue l’aspect de documentaire et confirme l’audace des cinéastes dans leur volonté indéfectible à ne pas prostituer leur sujet. Le film incite ainsi une inévitable réminiscence sur notre propre adolescence, ce qui, à terme, joue en sa faveur par un effet d’identification naturelle.

Ce film choral est interprété par une troupe de jeunes comédiens (non-professionnels semble-t-il, mais on s’y tromperait) de laquelle quelques têtes se détachent du lot. Anne-Sophie Tremblay Lamontagne incarne la belle fille naïve avec une délicatesse impressionnante, qui nous déchire d’autant plus que l’on voit sa naïveté s’envoler en poussière pendant une scène charnière. L’archétype de l’ado rebelle qui ne comprend rien au monde de ses parents qui l’entoure est campé avec vigueur par Yoann Linteau qui peut passer de fureur aveugle à euphorie enivrante en quelques minutes (le temps de fumer un joint en fait...). Alexis Drolet interprète avec un naturel convainquant l’intello un peu rejet, amouraché d’une fille trop belle pour lui et qui respire constamment le malaise. Il ne faudrait pas oublier David Bouchard, dont le personnage fait office de point central, thématiquement du moins. Avec son regard absent, son manque d’intérêt pour tout et son cynisme précoce, le jeune acteur nous sert les répliques les plus drôles du film, mais en les alternant avec des scènes imbibées d’un spleen post-puberté d’une franchise désarmante. Il apparaît manifeste que la distribution se soit accordée avec les dispositions naturelles des comédiens, mais peu importe, puisque le résultat est là et sonne vrai, férocement vrai.

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Pierre-Olivier (David Bouchard)

Le premier film de Henry Bernadet et Myriam Verreault oscille constamment entre onirisme cotonné et réalité brutale, entre humour cinglant et drame pathétique. Les réalisateurs trouvent toujours le point d’équilibre parfait pour ne jamais faire pencher la balance définitivement, ce qui gâcherait leur portrait presque naturaliste d’une adolescence qu’ils considèrent avec regret, mais jamais avec condescendance.

dimanche 26 octobre 2008, par Charles-Louis Thibault

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