12:08 East of Bucarest

De la critique sociale à l’autodérision

« Y a-t-il eu révolution dans notre ville ce jour là ? »

Le 22 décembre, seize ans après la démission de Nicolae Ceausescu et la chute du communisme en Roumanie, le propriétaire d’une station télévisée locale (Teo Corban) organise un débat pour commémorer l’événement historique. « Y a-t-il eu révolution dans notre ville ce jour là ? », c’est la question à laquelle devront répondre deux invités dénichés à la va vite. L’émission prendra une tournure loufoque grâce aux interventions surprenantes de Piscoci (Mircea Adreescu), un vieil homme seul qui passe le temps comme il peut, et de Manescu (Ion Sapdone), un professeur d’histoire alcoolique et criblé de dettes.

Caméra d’or au dernier festival de Cannes, 12 :08 East of Bucarest est une comédie savoureuse. Elle dépeint avec lucidité une Roumanie libérée mais déphasée, qui transite péniblement vers le modèle démocratique libéral. Corneliu Porumboiu expose avec finesse le chevauchement entre deux époques, le décalage entre des générations aux valeurs différentes qui se souviennent mal du passé. En dépit du trouble éveillé par cette Roumanie figée dans le temps, une légèreté déconcertante se dégage de l’œuvre. Les personnages sont tristes, tourmentés, esseulés, mais parviennent néanmoins à nous amuser. Puis la scène du débat télévisé est d’une drôlerie qui frôle l’absurde.

La grande réussite de 12 :08 East of Bucarest c’est de susciter des sentiments contradictoires. On est désolé pour cette Roumanie désolante mais on sourit puisqu’il vaut peut-être mieux en rire. Au-delà de la critique sociale, c’est une bien belle démonstration d’autodérision que nous livre le réalisateur roumain.

mercredi 8 novembre 2006, par Julie Roy

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